jeudi 19 septembre 2024

Le désastre de Poitiers


19 septembre 1356 - Le nombre de fait rien à l'affaire.


Le 19 septembre 1356, l'armée française est écrasée par les archers anglais au nord de Poitiers.
Le roi Jean II le Bon est lui-même fait prisonnier.

Capture du roi Jean II le Bon
à la bataille de Poitiers en 1356 (miniature médiévale)

Ça s'est passé il y a 668 ans.

Profitant d'une querelle domestique entre le roi Jean II le Bon et son gendre Charles le Mauvais, roi de Navarre (voir Traités de Mantes et de Valognes), le roi anglais Édouard III rompt la trêve consécutive à la victoire de Crécy. Son fils, le prince de Galles Édouard de Woodstock, débarque à Bordeaux avec des troupes en septembre 1355. Plus tard surnommé le Prince Noir en raison de son armure, il se lance dans de grandes expéditions ou "chevauchées" à travers le royaume de France. Les Anglais pillent les villages et les bourgs et tuent les manants qui font mine de leur résister.

Le roi de France cherche désespérément des subsides pour faire face à ce nouveau malheur. Il réunit en décembre 1355 les états généraux. La bourgeoisie est excédée par les gaspillages de la cour. Conduite par le nouveau prévôt des marchands de Paris, Étienne Marcel, un riche marchand drapier membre de la confrérie Notre-Dame et des pèlerins de Saint-Jacques, elle concède des subsides en échange de promesses formelles de réformes.

Tandis que les Anglais remontent de leur possession de Bordeaux vers la Loire pour une nouvelle chevauchée, le roi de France peut enfin lever une armée pour se porter à leur rencontre.

L'armée anglaise est commandée par le Prince Noir. Elle compte à peine 7 000 hommes mais elle est solidement retranchée sur le plateau de Maupertuis. Le roi de France, de son côté, aligne pas moins de 15 000 hommes. Malgré la charge folle des chevaliers, la bataille tourne très vite à la déroute française. Beaucoup de chevaliers sont faits prisonniers. D'autres se replient lâchement et abandonnent leur roi à son sort.

Fidèle à sa réputation, Jean le Bon se lance à la poursuite du Prince Noir. Mais Jean le Bon est bientôt encerclé. Anglais et Gascons se disputent sa capture. Une mêlée confuse s'ensuit au cours de laquelle le roi est ballotté, agrippé et fort malmené par une vingtaine de candidats à la prime. Il ne doit la vie qu'à l'arrivée opportune de Warwick, dépêché par le Prince Noir, qui met un terme à la rixe moyennant la promesse d'un substantiel dédommagement.Son plus jeune fils, Philippe le Hardi, qui l'avait, selon la chronique, encouragé de ses paroles dans le combat : "Père, gardez-vous à droite, père, gardez-vous à gauche !" est fait prisonnier à son tour. Le connétable Gauthier VI de Brienne et le porte-oriflamme Geoffroy de Charny tombent en défendant le roi.

La bataille de Poitiers s'achève sur un désastre. Seule consolation d'amour-propre pour le souverain français : il n'a pas fui comme son père, Philippe VI de Valois, au soir de la bataille de Crécy. Sans doute, mais sa reddition marque le début d'une période d'anarchie et de révoltes qui vont mettre la monarchie en péril.


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Source : Article partiellement ou en totalité issu de Wikimédia.
Pour les curieux : Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard, 1980, 678 p.

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lundi 16 septembre 2024

Mort du "Roi-fauteuil"


16 septembre 1824 - Mort de Louis XVIII


Perclus de goutte, obèse et incapable de marcher, le vieux roi Louis XVIII, qui se surnomme lui-même le "Roi-fauteuil", meurt d'une gangrène infectieuse à près de 69 ans, sans avoir réussi à réconcilier la Révolution et l'Ancien Régime.

Louis XVIII 

Ça s'est passé il y a 200 ans.

À 68 ans, le roi Louis XVIII s'éteint le 16 septembre 1824 à quatre heures du matin, dans sa chambre du palais des Tuileries. Sans descendance, c'est alors son dernier frère, le comte d'Artois, qui lui succède sur le trône à l'âge de 67 ans, devenant le roi Charles X. Louis XVIII est le dernier roi de France à être autopsié et embaumé : le pharmacien Labarraque doit asperger le corps d'une solution de chlorure de chaux afin d'arrêter la marche de la putréfaction.

Louis XVIII souffrait d’une goutte qui empira avec les années et lui rendait tout déplacement extrêmement difficile à la fin de son règne. Dans ses dernières années, le roi podagre (malade souffrant de la goutte) devait se déplacer en béquilles et utilisait un fauteuil roulant dans ses appartements, lui-même se baptisant "le roi fauteuil" alors que les plus virulents des bonapartistes, puis le petit peuple, l'affublaient du quolibet de "gros cochon" ou "Cochon Louis XVIII". Vers la fin de sa vie, il était atteint d'artériosclérose généralisée, en outre la gangrène rongeait son corps devenu impotent et appesanti par l'hydropisie (œdèmes généralisés). 

À la fin du mois d'août 1824, la maladie avait provoqué une large plaie suppurante en bas du dos et l'avait rendu méconnaissable. Fièrement, il refusait de s'aliter, reprenant les propos de Vespasien: "Un empereur doit mourir debout".

Mais, le 12 septembre 1824, sa terrible souffrance l'obligea à se coucher. Il se décomposait vivant et dégageait une odeur si nauséabonde que sa famille ne pouvait rester à son chevet. Un de ses yeux avait fondu; le valet de chambre, en voulant déplacer le corps, arracha des lambeaux du pied droit; les os d'une jambe étaient cariés, l'autre jambe n'était qu'une plaie, le visage était noir et jaune.

Le 13 septembre, Louis XVIII reçoit les derniers sacrements du grand aumônier de France, Monseigneur de Croÿ, archevêque de Rouen.

Louis XVIII n'a pas été sacré roi de France, bien que le sacre fût prévu dans l'article 74 de la Charte de 1814. Son frère, Charles X, qui lui succéda, renoua avec la tradition du sacre le 29 mai 1825 dans la cathédrale de Reims. De plus, un roi sacré devait avoir des pouvoirs divins (le roi de France, par exemple, guérissait les écrouelles), et montrer une image d'homme puissant valide, en bonne santé, ce qui n'était pas le cas pour ce roi, qui pour espérer être populaire de son peuple renonça au sacre pour éviter de montrer sa maladie au grand jour. Cependant, une sculpture de Louis XVIII, en costume de sacre, fut commandée par ses soins en 1815 au sculpteur Cortot. Elle est exposée dans la gypsothèque de la villa Médicis à Rome.

Le 25 octobre 1824, le roi Louis XVIII, dernier monarque de France mort au pouvoir, est inhumé dans la basilique de Saint-Denis. Il est le dernier monarque français à recevoir ce privilège, et également le dernier mort sur le trône, les deux suivants ayant été renversés.

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Petit rappel

Louis XVIII (né le 17 novembre 1755 à Versailles sous le nom de Louis Stanislas Xavier de France, titré comte de Provence (1755-1795)) est roi de France et de Navarre du 6 avril 1814 au 20 mars 1815 puis du 8 juillet 1815 à sa mort, le 16 septembre 1824, à Paris.

Louis XVIII (1755-1824)

Issu de la Maison de Bourbon, quatrième fils du dauphin Louis et frère cadet de Louis XVI, il est appelé "Monsieur" quand ce dernier devient roi. Exilé sous la Révolution française et le Premier Empire, il adopte de jure en tant que prétendant au trône le nom de Louis XVIII, l'ordre dynastique incluant son neveu Louis XVII mort en prison en 1795 (à l'âge de 10 ans) sans avoir jamais régné. Surnommé "le Désiré" par les royalistes, il revient en France lors de la Restauration qui suit la chute de l'empereur Napoléon 1er. Il est renversé durant les Cent-Jours, puis revient à nouveau au pouvoir après la bataille de Waterloo.

Durant son règne, considérant l'évolution de la France entre 1789 et 1814, Louis XVIII s'attelle à composer avec les acquis de la Révolution et de l'Empire. Ayant quitté la France, le même jour que son frère (qui est reconnu et arrêté à Varennes), à 35 ans, il en a 58 quand son règne commence effectivement, après avoir passé 23 ans en exil. Il "octroie" au peuple une constitution utilisant un terme d'Ancien Régime, la Charte constitutionnelle de 1814, tout en menant une politique de réconciliation et d'oubli concernant les violences révolutionnaires en tentant de calmer la Terreur blanche. Il compose dans un premier temps avec une chambre parlementaire "plus royaliste que le roi", la Chambre introuvable. Mais en 1820, après l'assassinat de son neveu Charles-Ferdinand d'Artois, duc de Berry, troisième dans l'ordre de succession au trône, la Restauration prend un tournant plus dur, voire réactionnaire, que le roi laisse mener par le président du conseil Villèle. Son règne est aussi marqué par l'expédition d'Espagne (1823).

Son frère cadet, le comte d’Artois, lui succède sous le nom de Charles X. La Restauration prend fin avec la révolution de 1830, qui met sur le trône Louis-Philippe, roi des Français.


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Source : Article partiellement ou en totalité issu de Wikimédia.
Pour les curieux : Georges Bordonove, Louis XVIII le Désiré, Paris, France Loisirs, 1991, 318 p.

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samedi 17 août 2024

Drame à la cour d'Orthez


Août 1380 - L'Ange de Foix ne sera jamais Gaston IV


Que s'est-il donc passé au château Moncade d'Orthez entre le 16 juillet et le 17 août 1380 ?
Gaston Fébus, prince solaire, à la fois stratège et lettré, aurait tué de ses propres mains son fils,
unique héritier, le jeune Gaston surnommé l'Ange de Foix.

Le drame d'Orthez selon Froissart, Bruxelles

Ça s'est passé il y a 644 ans.

Le "jeune Gaston" est le fils que Gaston III de Foix-Béarn, dit Fébus a eu avec Agnès de Navarre, petite-fille du roi de France, Louis X le Hutin et sœur de Charles II, roi consort de Navarre.

Au départ, Gaston Fébus et son beau-frère s'entendent comme larrons en foire. Signe de leur proximité : ils complotent ensemble contre le roi de France.

Mais en septembre 1362 de retour chez lui en Béarn, après plusieurs campagnes militaires, Gaston Fébus répudie sa femme, la pauvre Agnès qui venait de mettre au monde un héritier, un fils, sous prétexte d'une dot non payée. Suite à cette manière peu élégante, et il se met à dos son beau-frère, Charles de Navarre.

Agnès de Navarre rejoint sa famille à Pampelune, en Espagne. Il semble que Fébus éprouve quelques regrets après cette séparation : il rédige alors la célèbre "canso": "Se canto" où un oiseau sous sa fenêtre chante pour sa mie qui est loin de lui et où ces fières montagnes si hautes l’empêchent de voir son amour.

Charles II, mécontent du sort fait à sa sœur, réfugiée à sa cour de Pampelune, aurait donc retourné son goût du complot contre Fébus, aidé en cela de l'évêque de Lescar, Odon de Mendousse. Allant jusqu'à manipuler le jeune Gaston et l'accueillant en Navarre, ils remettent au garçon une bourse censée contenir un "filtre d'amour". S'il l'administre à Fébus à son insu, il aimera à nouveau sa mère, promet-t-on au jeune homme.(*)

De retour en Béarn, l'innocent s'exécute. Mais Fébus, prévenu par un fils bâtard de ce que le jeune Gaston s’apprêtait à faire lui arrache, lors d’un repas, la bourse qu’il avait autour du cou, en fait goûter le contenu à son chien. La quadrupède trépasse sur le champ.

Le complot navarrais est démasqué. Pour le jeune Gaston, c'est le cachot, immédiat et sans aucun procès. Il est emprisonné au château de Moncade d’Orthez entre fin juillet et début août 1380, tandis qu'Odon de Mendousse et le baron d'Andoins partent en exil auprès de Charles II.

Le Jeune Gaston, dit l'Ange de Foix, tableau de Claudius Jacquand (1838)

C'est alors que survient le drame. La suite des événements ne peut être racontée avec certitude, mais le jeune Gaston décède probablement mi-août 1380 sous la main de son père Fébus. La tragédie bouleverse Fébus qui dit : "Jamais je n'aurai de joie aussi parfaite qu'avant". Il rédige son Livre des oraisons, accréditant la thèse du geste involontaire, et quitte Orthez pour Pau, ne revenant au château de Moncade que quatre ans plus tard.


* Il est à noter qu'en 1380, le jeune Gaston a 18 ans. Il est marié depuis 1379 à Béatrice d'Armagnac, fille de Jean II d'Armagnac. C'est donc un homme, plus un enfant, selon les critères médiévaux.


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Source : Article partiellement ou en totalité issu de Wikimédia.

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vendredi 2 août 2024

Mort d'Henri III


2 août 1589 - Le poignard de Jacques Clément.


Le 1er août 1589, tandis que l'armée royale assiège Paris, aux mains de la Sainte Ligue catholique et de ses alliés espagnols, un moine dominicain, Jacques Clément (22 ans), sollicite une audience auprès du roi Henri III (38 ans).

Assassinat d'Henri III par Jacques Clément (BnF)

Ça s'est passé il y a quatre cent trente-cinq ans.

Ce matin du 1er août, Henri III se réveille tranquillement dans son château de Saint-Cloud. Depuis quelques jours, un moine demande à le voir.

Ce moine, appelé Jacques Clément, natif du village de Sorbonne, près de Sens, était un jeune homme d’environ vingt-deux ans, sans lettres, vivant dans le libertinage et l’oisiveté, et toujours mêlé avec la canaille ; les déclamations furieuses des prédicateurs de la ligue exaltèrent l’imagination de cet esprit faible, et lui donnèrent l’idée du plus horrible projet : aller tuer le tyran accusé d’inversion sexuelle.

Aujourd’hui, Henri III consent à le rencontrer alors qu’il n’est pas encore habillé. C’est surtout qu’il ne veut pas que dans toute la ville, on s’écrie que "le roi ne veut pas recevoir des prêtres"…

Assis sur sa chaise percée, le roi tient la lettre, que venait de lui remettre le moine et qu'il disait écrite par le premier président Achille de Harlay. Soudain, alors que le roi remonte ses chausses, le moine sort un couteau de sa manche et frappe le bas-ventre du roi. Le roi, étourdi sur le coup, "Ah ! le méchant moine, il m'a tué", gémit-il. Puis retirant lui-même le couteau qui était resté dans la plaie le retourne contre Jacques Clément, le blessant au dessus de l’œil gauche. En même temps, les seigneurs qui étaient dans la chambre, se jettent sur le monstre qui levait les mains et les yeux vers le ciel, et le font expirer sous mille coups.

Les médecins du roi, après avoir observé la blessure, la juge bénigne et la pansent. Ils vont aussi lui faire un lavement. Par.. précaution ? En réalité, Henri III fait une hémorragie externe, car le péritoine a été sectionné, et une hémorragie interne, car ce même péritoine est en train de s’infecter.

Le roi est conscient, il écrit des courriers à sa femme pour lui annoncer que ce n’est rien de grave. Mais dans le doute, sur ce qui va être son lit de mort, Henri III convoque en urgence son cousin et héritier légitime, le roi Henri III de Navarre (36 ans). Il ordonne aux nobles de son entourage de lui prêter serment de fidélité. dans une dernière déclaration  :

"Je vous prie comme mes amis et vous ordonne comme votre roi, que vous reconnaissiez après ma mort mon frère que voilà, et que pour ma satisfaction et votre propre devoir, vous lui prêtiez le serment en ma présence".

Pendant toute l’après-midi, le roi se vide de son sang et la fièvre commence à le gagner. Il s’endort et meurt, le 2 août, vers 3 h du matin à l’âge de 38 ans.

Le jugement de Clément ne peut être que posthume, aussi, on décide de faire écarteler le cadavre par quatre chevaux, puis on le brûle, et enfin, ses cendres sont jetées dans la Seine. Mais s’il avait été vivant, ça aurait été la même chose.

On dit que le régicide a été commandité par le père Edme Bourgoing, qui lui conseilla de prier et de jeûner pour connaître la volonté de Dieu. On lui fit entendre pendant les nuits précédentes une voix qui semblait venir du ciel, et qui lui ordonnait de tuer le tyran. Le prieurl sera aussi écartelé aussi. La duchesse de Montpensier, sœur du duc de Guise, acheva de le déterminer, en l’assurant, que s’il échappait, le pape le ferait cardinal, et que s’il périssait, il serait canonisé . On dit même qu’elle en vint jusqu’à lui promettre tout ce qu’il y avait de plus capable de tenter un moine.

De leur côté, les conjurés catholiques, avec l'accord secret du pape, proclament l'avènement du vieux cardinal Charles de Bourbon (61 ans), oncle d'Henri IV, sous le nom de Charles X. La tentative reste sans lendemain, le vieux cardinal préférant reconnaître Henri IV. C'est à ce dernier que reviendra la gloire de mettre fin aux guerres de religion...


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Source : Article partiellement ou en totalité issu de Wikimédia.
Pour les curieux : Pierre Chevallier, "Henri III : roi shakespearien", Paris, éditions Fayard, 1985.

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lundi 24 juin 2024

L'assassinat de Sadi Carnot


24 juin 1894 - Le poignard de Caserio.


Le 24 juin 1894, à Lyon, le président de la République Sadi Carnot est poignardé mortellement par Caserio, un anarchiste italien. L'événement provoque un choc dans tout le pays.

La une du quotidien Le Petit Journal, où un illustrateur
a reconstitué l'assassinat du président Carnot.

Ça s'est passé il y a 130 ans.

Sadi Carnot a été poignardé en pleine rue, alors qu'il quittait un banquet organisé en son honneur par la Chambre de commerce au palais de la Bourse, place des Cordeliers, en marge de l'Exposition universelle, internationale et coloniale qui se déroulait au parc de la Tête d'Or à Lyon.

"Le banquet a fini à neuf heures dix. Le cortège s'était reformé pour se diriger vers le théâtre où avait lieu une représentation de gala. M. Carnot avait pris place dans la première voiture. Il était arrivé à moitié de la façade du palais du Commerce donnant sur la rue de la République [...] lorsqu'un individu s'est précipité sur son landau et en a gravi brusquement le marchepied [...].

Je jetai instinctivement les yeux du côté du cortège, j'aperçus M. Carnot, dont le visage était devenu livide, s'affaisser sur le dossier du landau. La foule se rua aussitôt sur l'individu qui s'était jeté sur le landau présidentiel et que le préfet, M. Rivaud, assis à côté de M. Carnot, avait d'un coup de poing envoyé rouler sur la chaussée. On criait : “Le président de la République vient d'être victime d'un attentat ! Il a été frappé d'un coup de poignard !” [...]

Ceux qui l'avaient arrêté menaçaient de l'écharper sur place. Les sergents de ville ont eu la plus grande peine à le tirer de leurs mains. Il n'a pas fallu moins de dix gardiens de la paix pour protéger le coupable contre l'exaspération de la population. "

La nouvelle cause un choc dans toute la France, déjà secouée par plusieurs attentats anarchistes. Le nom du meurtrier est bientôt connu : Sante Geronimo Caserio, un Italien âgé de 20 ans. Un cet anarchiste originaire de Lombardie, dont les activités politiques lui ont valu une condamnation puis l'exil hors d'Italie un an plus tôt. " Sante, quand il était enfant, était joli comme un amour, raconte son frère, interviewé. Mais il y a deux ans, il commença à fréquenter les anarchistes. Ce fut alors que son cerveau commença à s’exalter. Il lisait, sermonnait, on eût dit un avocat. "

Caserio, conduit à la prison Saint-Paul de Lyon, est interrogé le 26 juin par le juge d'instruction Benoist :
"— Voyons, Caserio, pourquoi avez-vous voulu tuer le président de la République ? Le connaissiez-vous ? Aviez-vous un grief particulier contre lui ?
— Non, répond Caserio. C’était un tyran, je l’ai tué pour cela.
— Vous êtes anarchiste ?
— Oui, je m’en vante ! [...]
— Comment avez-vous frappé M. Carnot ?
— Je me suis avancé, repoussant le cheval d’un cuirassier. J’avais mon poignard ouvert dans ma manche. Je n’ai eu qu’à lever la main. J’ai visé le bas-ventre et ai laissé retomber le bras en criant : “Vive l’anarchie !” La foule s’est jetée sur moi, m’a terrassé, roué de coups. Les agents m’ont emmené au poste.
— Vous persistez à dire que vous n’avez pas de complice ?
— Oui. Mais, à propos, le président est-il mort ?
M. Benoist ne répond pas. Caserio semble penser que sa victime a succombé et ne dissimule pas sa satisfaction. Il sourit et, levant la main, fait le simulacre de frapper.
"

Pendant les quatre jours suivant l'attentat, des émeutes anti-italiennes se produisent à Lyon. Les maisons, magasins et commerces de la communauté italienne sont incendiés et pillés et des immigrés italiens sont molestés.

"La foule se presse compacte sur le parcours que doit suivre la dépouille mortelle de M. Carnot. Elle reste morne et silencieuse pendant le passage du cortège. Mais à peine le convoi s’est-il éloigné, que la foule devient houleuse. Des cris de haine sont proférés de tous côtés. On entend surtout ceux de “Vengeance ! Vengeance ! Nous vengerons Carnot ! À la porte les étrangers !

"Dès ce moment, des bandes d’hommes, de femmes, d’enfants, se forment et se dirigent, drapeaux en tête, sur le pont de la Guillotière. En un instant, le cours Gambetta, les rues Montebello, Montesquieu sont envahis et la foule, de plus en plus furieuse, met à sac toutes les boutiques dont les propriétaires ont une désinence italienne."

Un policier et deux émeutiers (non italiens) périront dans ces émeutes. Caserio, l' assassin, est jugé les 2 et 3 août suivants, et condamné à la peine capitale. Il sera guillotiné à la prison Saint-Paul le 16 août. Ses derniers mots, sur l'échafaud, sont : "Courage, les amis ! Vive l'anarchie !".

Quant à Sadi Carnot, il recevra des funérailles nationales : il est inhumé au Panthéon le 1er juillet 1894.

Le cortège funèbre débouchant de l'avenue des Champs-Élysées
sur la place de la Concorde.

L'assassinat de Sadi Carnot conduira à l'adoption, le 28 juillet, de la troisième et dernière des "lois scélérates" visant à réprimer le mouvement anarchiste.


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Sources : Article partiellement ou en totalité issu de Wikimédia et l'article de Pierre Ancery publié le 16 février 2018 sur le site de la presse BnF Retronews - https://www.retronews.fr/justice/echo-de-presse/2018/02/16/lassassinat-de-sadi-carnot-lyon.
Pour les curieux : Patrick Harismendy, "Sadi Carnot, l'ingénieur de la République", Paris, Perrin, 1995

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vendredi 7 juin 2024

La "Journée des tuiles"


7 juin 1788 - Les prémices de la Révolution française.


Le 7 juin 1788, les habitants de Grenoble, défient les troupes du roi. Juchés sur les toits de leurs maisons, ils jettent des tuiles sur les soldats qui avaient reçu l'ordre de disperser les parlementaires de la province.

La journée des Tuiles par Alexandre Debelle
(musée de la Révolution française).

Ça s'est passé il y a deux cent trente-six ans.

Cet accès de colère résulte d'un bras de fer entre le gouvernement de Louis XVI, ruiné, et une poignée de privilégiés, dont les parlementaires eux-mêmes, hostiles à toute réforme... Ce sont les prémices de la Révolution française.

À son avènement, en 1774, le roi Louis XVI a choisi un ministre des finances compétent, Turgot, pour faire face à la crise financière et réformer l'État. Mais, sous la pression des privilégiés et de la Cour, il a été obligé de le renvoyer.

D'année en année, la situation financière de l'État n'a fait que s'aggraver, cependant que se durcissait la résistance des privilégiés, au premier rang desquels les magistrats des parlements.

Non sans raison, les parlementaires rappellent qu'un impôt perpétuel ne peut être édicté que par les états généraux. Et voilà qu'ils réclament la convocation de cette assemblée d'origine médiévale, qui réunit des représentants des trois ordres du royaume (clergé, noblesse et tiers état) !

Le nouveau ministre Loménie de Brienne, embarrassé, obtient du roi qu'il exile les parlementaires parisiens à Troyes le 10 août 1787. L'exil vaut aux parlementaires un surcroît de popularité.

Finalement, ils reviennent à Paris sous les applaudissements et reprennent les débats en vue d'une simple prolongation de l'impôt des "deux vingtièmes" créé quelques années plus tôt pour les besoins de la guerre contre l'Angleterre. Le gouvernement, qui a besoin d'eux pour enregistrer la loi, n'a pas le choix.

Le 19 septembre, les parlementaires reviennent à Paris sous les applaudissements. Dans l'obligation de combler au plus vite le déficit des finances, le roi leur demande d'enregistrer un édit établissant un emprunt de 420 millions de livres (la monnaie de l'époque).

Comme les discussions s'éternisent, Louis XVI transforme la séance du 19 novembre 1787 en "lit de justice". Cette procédure exceptionnelle lui permet d'imposer l'enregistrement de l'édit. À son cousin, le duc d'Orléans, qui conteste avec effronterie la légalité de la décision, Louis XVI répond : "C'est légal parce que je le veux". Et par une lettre de cachet, il exile le duc à Villers-Cotterêts.

Le 4 janvier 1788, Adrien Duport, conseiller au Parlement, émet un réquisitoire contre les lettres de cachet, qui permettent au roi d'emprisonner quelqu'un sans jugement. Il forme aussi un comité de 30 membres en vue de promouvoir les états généraux et de les démocratiser, par l'abolition de la distinction des trois ordres. Mais son initiative reste pour l'heure isolée.

Le 3 mai 1788, le Parlement de Paris entre en rébellion. Il publie une "déclaration des droits de la Nation" et réclame la convocation des états généraux. En attendant, il invite les contribuables à refuser d'acquitter les "deux vingtièmes". C'en est trop pour le roi et ses ministres qui envisagent d'en finir et de renvoyer une bonne fois pour toutes les parlements.

Adrien Duport anime le "parti des Américains, Anglomanes ou Patriotes". Il s'agit d'un groupe de libéraux qui se recrute dans les hautes classes de la société (grande noblesse, haute bourgeoisie, robins ou parlementaires). Parmi eux le marquis de La Fayette, le président du Parlement de Paris Lepelletier de Saint-Fargeau, l'avocat Hérault de Séchelles, le marquis de Condorcet, le comte de Mirabeau ou encore l'abbé Sieyès. Ces personnages se réunissent tantôt chez Duport, tantôt chez La Fayette et forment le projet de mettre en place une monarchie constitutionnelle à l'anglaise...

Là-dessus, le garde des sceaux Lamoignon fait passer plusieurs édits qui humanisent et modernisent la justice. Ces édits irritent au plus haut point les parlements qui craignent une nouvelle fois pour leurs privilèges. La colère gagne tout le pays et s'étend à la petite bourgeoisie des villes. Cette colère est particulièrement vive dans le Dauphiné, au cœur des Alpes, où l'activité industrielle a engendré une bourgeoisie dynamique.

Le Parlement de Grenoble ayant protesté contre les édits de Lamoignon, il est mis en vacances. Le président Bérulle réunit néanmoins chez lui le 20 mai 1788 les magistrats. Il leur fait valoir la menace qui pèse sur leurs privilèges. Il en vient à affirmer que que si les édits de Lamoignon étaient maintenus, "le parlement du Dauphiné se regarderait comme entièrement dégagé de sa fidélité envers son souverain" . Les bourgeois crient alors : "Vive la Nation !"

Qu'à cela ne tienne, le 7 juin 1788, le duc de Clermont-Tonnerre, lieutenant général de la province, confie à des patrouilles de soldats du régiment Royal-Marine des lettres de cachet à remettre aux parlementaires en vue de les envoyer sur leurs terres.

Les soldats n'ont pas si tôt quitté l'hôtel du gouverneur que le tocsin se met à sonner. La population est rameutée par les avocats, tabellions, clercs et autres auxiliaires de justice qui gravitent autour du Parlement, particulièrement fâchés de perdre celui-ci, qui est leur gagne-pain.

Des Grenoblois s'emparent des portes de la ville. D'autres, montés sur les toits, jettent des tuiles et divers objets sur les soldats. L'hôtel du gouverneur est saccagé. Vers la fin de l'après-midi, les émeutiers, maîtres de la ville, réinstallent les parlementaires dans le palais de justice.

De leur propre initiative, les avocats Mounier et Barnave tentent de réunir à Grenoble une assemblée des trois ordres (clergé, noblesse, tiers état). Mais le maréchal de Vaux, qui a remplacé Clermont-Tonnerre, les en empêche avec des troupes corses et suisses. Qu'à cela ne tienne ! Les délégués décident de se réunir au château de Vizille, à quelques coudées de Grenoble. C'est la propriété d'un industriel libéral, Claude Perier (ses fils et petits-fils accèderont à des fonctions de premier plan).

Assemblée de Vizille, 1788 (Alexandre Debelle),
Musée de la Révolution française de Vizille.

Réunis le 21 juillet 1788 dans la salle du jeu de paume du château, ces états généraux du Dauphiné comptent 165 nobles, 50 ecclésiastiques et 325 bourgeois. Ils décident de voter par tête et non par ordre. Ils appellent à refuser le paiement de l'impôt et demandent aux autres assemblées provinciales d'en faire autant. Enfin, ils appellent à la réunion des états généraux du royaume. C'est la première manifestation de révolte contre l'autorité royale.

Dans l'impasse, Loménie de Brienne ne voit bientôt plus d'autre issue que de convoquer les fameux états généraux. Il pense que seule cette assemblée des délégués de tout le pays pourra imposer des réformes aux privilégiés et au Parlement. C'est ce qu'il suggère au roi avant de suspendre les paiements de l'État.

Louis XVI, qui a été affecté par une dépression à la suite de tous ces événements, se résout donc le 8 août 1788 à convoquer les états généraux. Leur ouverture est prévue le 27 avril 1789 avant d'être reportée in fine au 5 mai suivant.

Le Parlement de Paris commence à s'inquiéter des conséquences de l'orage qu'il a provoqué. Il prend un arrêt le 25 septembre 1788 par lequel il réclame que les états généraux soient convoqués "suivant la forme observée en 1614", autrement dit par ordre (clergé, noblesse et tiers état), dans des conditions excessivement défavorables pour le tiers état !

Le 25 août 1788, en attendant les états généraux, le roi renvoie Loménie de Brienne, exécré par le peuple et les parlementaires en raison de ses expédients financiers. Il ne trouve rien de mieux que de rappeler le banquier suisse Jacques Necker au contrôle général des Finances pour faire face à la panique.

"Le débat public a changé de face. Il ne s'agit plus que très secondairement du roi, du despotisme et de la Constitution ; c'est une guerre entre le tiers état et les deux autres ordres", écrit avec clairvoyance le journaliste suisse Jacques Mallet du Pan en janvier 1789.


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Source : Article partiellement ou en totalité issu de Wikimédia.
Pour les curieux : Jean Favier, Chronique de la Révolution, Éditeur Chronique, Paris, 2000

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mardi 28 mai 2024

L'Affaire Jumonville


28 mai 1754 - La bataille de Jumonville Glen.


Première guerre de dimension mondiale, la guerre de Sept Ans (1756-1763) débute en Amérique du Nord, en Pennsylvanie, deux ans avant la déclaration de guerre officielle.

La mort de Jumonville vue par un illustrateur du XIXe siècle.

Ça s'est passé il y a deux cent soixante-dix ans.

Cette guerre que les Anglais appellent de leur côté "French and Indian War" (la guerre contre les Français et les Indiens), commence avec l'affaire Jumonville, le 28 mai 1754.

Les colons français de la Nouvelle-France ambitionnent au milieu du XVIII° siècle de coloniser la vallée de l'Ohio, la "Belle Rivière",aux confins des rivières Ohio, Allegheny et Monongahela, quoiqu'ils ne soient que quelques dizaines de milliers en tout. Pour surmonter leur infériorité numérique, ils s'assurent l'alliance des tribus indiennes, à l'exception des Iroquois. Enfin et surtout, ils érigent un solide fortin dénommé Fort-Duquesne à l'endroit où deux rivières se rejoignent pour former l'Ohio.

Irrités, les colons anglais de Virginie, qui revendiquent également la vallée, répliquent avec la construction d'un autre fort à proximité immédiate : Fort Necessity.

Le commandant de Fort-Duquesne Claude-Pierre Pécaudy de Contrecœur envoie l'un de ses adjoints, Joseph Coulon de Villiers, sieur de Jumonville, en délégation auprès de l'officier virginien, un certain... George Washington, en vue de le prier de quitter les terres du roi de France. Le futur président des États-Unis, qui a alors 22 ans, attend avec ses alliés iroquois, la petite troupe.

Les Français arrivent avec le drapeau blanc et Joseph Coulon de Villiers, sans méfiance, se dispose à lire son ultimatum. À ce moment-là, semble-t-il, les soldats anglais tirent sur la troupe, Joseph Coulon de Villiers, blessé, est achevé d'un coup de tomahawk par le chef iroquois Tanaghrisson, surnommé Half King. Neuf de ses hommes sont aussi tués, parfois après avoir été torturés, les autres soldats, au nombre d'une vingtaine, sont capturés.

En fait, on n'a pas de preuve que Jumonville ait été tué d'un coup de tomahawk. Selon d'autres récits, Joseph Coulon de Villiers n'aurait pas été capturé mais aurait fait partie des victimes de l'attaque de Washington. Adam Stephen, officier qui accompagnait Washington lors de l'événement, rapporte que Joseph Coulon de Villiers fut tué le premier. Il ne fait aucune référence à la capture de Joseph Coulon de Villiers, ni à son interrogatoire par le colonel Washington. Les Canadiens ont affirmé qu'il a été exécuté alors qu'il protestait pour avoir été pris en embuscade. Washington se justifiera par la suite en disant l'avoir pris pour un espion plutôt qu'un émissaire.

Ce qui est sûre est que George Washington assiste à toute l'opération sans descendre de son cheval.

L'affaire fait du bruit jusqu'en Europe, où la guerre s'emballe en même temps que l'arrivée de la nouvelle. Le meurtre de Joseph de Jumonville fait scandale en France et même l'anglophile Voltaire se fend d'un communiqué indigné : "Je ne suis plus Anglais depuis que les Anglais sont pirates sur mer et assassinent nos officiers en Nouvelle-France". En Angleterre, le politicien et écrivain Horace Walpole dépeint laconiquement l'affaire : "The volley fired by a young Virginian in the backwoods of America set the world on fire." ("Ce coup de feu tiré par un jeune Virginien dans les forêts d'Amérique a mis le Monde en feu").

La réputation de George Washington en est ternie - momentanément.

Le mois suivant, le frère de Joseph Coulon de Villiers, Louis, réplique en attaquant le fort virginien avec 500 hommes. Il reçoit la reddition de George Washington, qui est fait prisonnier, mais celui-ci quitte les lieux sans autre dommage, après avoir signé des aveux par lesquels il s'accuse d'être l'assassin de l'officier français. Il est remis en liberté

Les Virginiens ne se tiennent pas pour battus, le général Edward Braddock attaque à son tour Fort-Duquesne avec 1.850 hommes, y compris George Washington. Mais son armée est proprement décimée le 8 juillet 1755 à la bataille de la Monongahela, par seulement un millier de Français et d'Indiens. Le général est lui-même tué et c'est à George Washington que revient la responsabilité d'organiser la retraite.

George Washington tenant conseil dans la nuit précédant
sa reddition à Fort Necessity en 1754.

Là-dessus, 3.000 soldats français arrivent en renfort de France sous le commandement du baron de Dieskau. Celui-ci repousse les Anglais au sud du lac Champlain, mais ses troupes sont épuisées et il ne peut poursuivre son avantage.

Le gouvernement anglais, qui bénéficie d'une écrasante supériorité numérique en Amérique du Nord, n'entend pas lâcher prise. Il franchit un nouveau degré dans l'escalade et, faute de l'emporter sur terre, il ordonne la saisie de 300 navires de commerce français dans différents ports, partout dans le monde.

La guerre générale devient dès lors inéluctable... elle durera sept ans !

Après le conflit, les Anglais victorieux rebaptiseront Fort-Duquesne du nom de Fort-Pitt ou Pittsburgh, en l'honneur de leur Premier ministre. Le nom des frères de Coulon de Villiers sieur de Jumonville se retrouve quant à lui dans plusieurs artères de Montréal et d'autres villes du Québec.

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Il est très difficile de critiquer les grands personnages de l’histoire quand ils bénéficient d’une grande popularité. Il est malvenu de rappeler que le président Lincoln avait pour idée fixe de rapatrier en Afrique les esclaves noirs libérés une fois la guerre civile terminée ou bien d’évoquer l’alcoolisme chronique de Churchill.

De même, le rôle de George Washington dans la mort de l’officier français Joseph Coulon de Villiers, sieur de Jumonville, reste dans une zone d’ombre que peu d’historiens contemporains cherchent à éclairer.

Il est fort probable que l’on ne puisse jamais connaître la vérité car chacune des parties en présence avait de bonnes raisons de mentir. La thèse française a été bâtie à partir du récit du survivant canadien et du témoignage des prisonniers libérés. Leur intérêt était de diaboliser les Anglais afin d’effacer une faute tactique de leur part (ne pas avoir pris les précautions nécessaires à leur protection).

Les Anglais ont privilégié la thèse de l’attaque au petit matin car elle évitait toute accusation de traîtrise lors de la rencontre diplomatique.


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Source : Article partiellement ou en totalité issu de Wikimédia et du du Dictionnaire biographique du Canada.
Pour les curieux : Laurent Veyssière (dir.) et Bertrand Fonck (dir.), "La guerre de Sept Ans en Nouvelle-France", Québec, Septentrion (Canada) et PUPS (France), 2012, 360 p.

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mercredi 8 mai 2024

Antoine Laurent de Lavoisier


8 mai 1794 - La guillotine est passée par là !


"Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme". Pour Lavoisier, cette loi de conservation de la matière, est applicable à toutes les sciences, et, bien entendu, à la chimie. Elle avait déjà été formulée par le grec Anaxagore de Clazomènes, en 450 av. JC.

Antoine Laurent Lavoisier (1743-1794)

Ça s'est passé il y a deux cent trente ans.

Antoine Laurent de Lavoisier est un des plus grands chimistes que la terre ait jamais porté. C'est de lui qu'on doit la très célèbre phrase: "Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme." Lavoisier scientifique d'origine française, est né 26 août 1743 à Paris et décédé 50 ans plus tard, précisément un 8 mai.

Ce serait malhonnête de qualifier Lavoisier comme étant uniquement un homme de science. Il était aussi connu comme étant un polymathe aguerri doté de connaissances très variées et approfondies. Il était avocat, économiste, chimiste, physicien, astronome, philosophe, biologiste, écrivain et météorologue.

En tant qu'homme d'esprit universel, il a révolutionné la chimie en devenant le père de la chimie moderne.

Il est celui qui est arrivé à changer notre conception de la chimie, au moment où il a découvert que l'oxydation rapide dite aussi combustion est la combinaison d'une substande avec le dioxygène.

Mais Antoine Laurent de Lavoisier est aussi un "businessman". Il achète en 1770 une charge de fermier général (collecteur d'impôts) qui lui vaudra de devenir très riche, de mener un train de vie fastueux. Son nouveau poste lui permet de financer toutes ses expériences. En effet avant la Révolution, un fermier général est celui qui avance une somme au roi de France qui devrait être celle de l’impôt. Il se rembourse ensuite en percevant le véritable impôt avec un net bénéfice.

Une situation curieuse qui fait donc que l’impôt n’est pas perçu par l’État mais par des personnes privées qui gagnent énormément d’argent. C’est une des premières choses que la Révolution Française va faire sauter. Lavoisier est d’ailleurs plutôt partant au départ pour la révolution.

Quand éclate la Terreur, la crise de l’assignat et le passé de Fermier Général de Lavoisier comptent bien plus que ses recherches.

Arrêté en novembre 1793, après un procès qui dure moins d'une journée, il est condamné à mort. Au moment de la sentence, Lavoisier, qui n’a jamais cessé ses recherches, demande un délai pour terminer une expérience importante. Jean Baptiste Coffinhal, le président du tribunal révolutionnaire lui répond vertement "la République n’a pas besoin de savants !".

Il est guillotiné place de la Concorde le 8 mai 1794 (19 floréal an II) sans avoir fini ses recherches, avec vingt-sept autres fermiers généraux. Ce qui fera dire à Louis de la Grange, éminent mathématicien "Lavoisier est mort. Il ne leur aura fallu qu’un moment pour faire tomber cette tête, et cent années, peut-être, ne suffiront pas à en reproduire une semblable".

Son corps, dépouillé, est empilé dans la fosse commune des Errancis, avant d'être transferé aux Catacombes de Paris.

Pour honorer Lavoisier, les Français ont mis son nom parmi les Soixante-douze (72) noms de savants inscrits sur la tour Eiffel, façade Trocadéro. il est, aussi, représenté sur l'hôtel de ville de Paris.


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Source : Article partiellement ou en totalité issu de Wikimédia.
Pour les curieux : Édouard Grimaux, La Mort de Lavoisier, Revue des Deux Mondes, 3e période, tome 79, 1887 (p. 884-930).

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mardi 30 avril 2024

Mort de Bayard


30 avril 1524 - "Hélas, mon Dieu, je suis mort !".


Le 30 avril 1524, en couvrant la retraite des Français à la bataille de Sesia, en Lombardie, contre les troupes de Charles Quint, Bayard, héros des guerres d'Italie, est atteint par le tir d’une escopette dans le dos.

30 avril 1524, mort de Bayard

Ça s'est passé il y a cinq cents ans.

Depuis la fin août 1523, les troupes de François 1er stationnent en Italie du Nord pour reprendre le Milanais perdu l'année précédente. Menées par l'amiral de France Guillaume Gouffier, seigneur de Bonnivet, elles y affrontent l'armée impériale conduite par Hernando de Alarcon, le marquis de Pescara, Charles de Lannoy et le connétable de Bourbon, passé au service de Charles Quint. L'hiver a été terrible. La faim, le froid, la maladie et le manque d'argent ont affaibli les rangs. Nombre de gentilshommes sont repartis, et il faut négocier sans cesse avec les mercenaires suisses, sous les ordres de François 1er depuis 1516.

Fin mars, la pression impériale s'intensifie. Tentant de rejoindre les renforts promis par les Suisses, les troupes françaises prennent la route de Gattinara le 29 avril, harcelées par le détachement de cavaliers lourds et légers du condottiere Paolo Luzzasco.

Dans l'après-midi, les Français perdent six chariots de poudre, quelques paires de bœufs et les étendards de trois compagnies. Aux nombreux prisonniers, s'ajoutent la mort de 300 mercenaires suisses et les blessures des seigneurs de Bonnivet et de Vandenesse. La retraite est alors décidée. L'amiral laisse le commandement de l'armée à Saint-Pol et la direction de l'arrière-garde à Pierre Terrail, seigneur de Bayard. Après le souper, les Français quittent Gattinara et viennent camper près du village de Rosavenda. Le lendemain matin dès l'aube, Luzzasco reprend son harcèlement bientôt rejoint par un millier de cavaliers dont beaucoup portent des arquebusiers en croupe.

C'est là, sur la route de Buronzo, entre la Sesia et le Cervo, dans les dernières plaines avant les contreforts des Alpes, que, vers midi, le gentil chevalier est frappé d'un coup d'arquebuse qui lui brise la colonne vertébrale.

Tombé de cheval, Bayard est fait prisonnier par le soldat qui l'a blessé. Ses pages et écuyers l'étendent sous un arbre et le soulagent d'une partie de son armure.

Conscient, il se confesse, faute de prêtre, à Jacques Joffrey, son écuyer, et, faute de notaire, teste auprès de Gabriel d'Alègre, prévôt de Paris. Après avoir refusé d'être déplacé et alors que les ennemis se rapprochent, il demande à ses compagnons de se retirer. Laissé seul, il est rejoint par le marquis de Pescara qui fait dresser une tente au-dessus de lui.

Vers la fin de l'après-midi, le chevalier se confesse une seconde fois et rend l'âme entre 20 et 21 heures. Pescara fait transporter son corps dans une église, sans doute celle de Roasio, à une dizaine de kilomètres au nord de Rovasenda, pour les derniers honneurs. Le service est suivi par les capitaines espagnols, avant qu'un convoi de gentilshommes escorte sa dépouille vers Ivrée où elle est remise à Bonnivet, puis vers Grenoble. Le cercueil arrivé le 20 mai est exposé jusqu'au 26 août à Notre-Dame de Grenoble. Puis, Bayard est inhumé au couvent des Minimes de la plaine fondé en 1494 par son oncle Laurent Alleman, et où dès le mois de mai le prieur général avait institué un service annuel et perpétuel pour le repos de son âme. Son corps y est déposé sous une simple pierre, sans épitaphe ni nom. Sa sépulture est profanée à la Révolution.


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Qui était Pierre Terrail, seigneur de Bayard ?

Pierre Terrail de Bayard, "portrait d'Uriage", XVIe siècle..

Pierre Terrail, seigneur de Bayard, plus connu sous le nom de Bayard ou de chevalier Bayard, nait en 1475 ou 1476 au château Bayard (à Pontcharra). Il débute dans le métier des armes à 13 ans, comme page du duc Charles de Savoie, puis entre au service du roi de France Charles VIII et participe avec éclat aux guerres d’Italie. Il combat plus tard les Anglais et les Impériaux.

Sur le champ de bataille de Marignan, le jeune François 1er, admiratif de la conduite au combat du capitaine, lui demande de l’adouber. Bayard le sacre chevalier selon un rituel féodal alors tombé en désuétude.

Modèle des vertus de courage et d’honneur militaire, il fut surnommé le "chevalier sans peur et sans reproches".

Invincible à l’épée, Bayard n’a rien pu contre le mortel hasard d’une rencontre avec une balle ennemie. Avec lui meurt l’idéal du combat chevaleresque favorisant l’affrontement des vertus, des honneurs et des valeurs individuelles.

L’admiration suscitée par le chevalier Bayard, à la fois de son vivant et longtemps après sa mort, peut être rapprochée de celle inspirée par les épopées de Jeanne d’Arc ou Bertrand Du Guesclin.


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Source : Article partiellement ou en totalité issu de l'article de Benjamin Deruelle dans collections 68, daté juillet - septembre 2015. (https://www.lhistoire.fr/la-mort-héroïque-du-chevalier-bayard)
Pour les curieux : Max Gallo, François 1er, Roi de France, Roi-Chevalier, Prince de la Renaissance française, XO Editions, 2014.
Didier Le Fur, Marignan : 13-14 septembre 1515, Perrin, 2004,

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vendredi 12 avril 2024

Signature du Traité de Meaux Paris


12 avril 1229 - Raymond VII de Toulouse cède ses domaines à la Couronne.


Au terme de dix sept années de lutte contre le pouvoir royal, le dernier des comtes de Toulouse rend les armes. En 1229, humilié par le traité de Meaux-Paris, Raimond VII abandonne ses terres du Languedoc aux Capétiens. Malgré la persistance de l'hérésie cathare, qui ne sera définitivement vaincue qu'une vingtaine d'années plus tard, la régente Blanche de Castille remporte là une grande victoire politique.

Raimond VII se soumettant à Louis IX (BnF)

C'était il y a sept cent quatre-vingt-quinze ans.

Depuis 1209, lorsque le pape Innocent III a fait prêcher la croisade contre les Cathares (les Albigeois), le midi de la France est ravagé par la guerre. Durant dix sept années, le Languedoc est saigné à blanc par les troupes royales, menées par l'impitoyable Simon de Montfort. Ce dernier ainsi que son fils Amaury, n'ont pu mettre un terme à l'hérésie cathare ni à la rébellion des barons occitans, très attachés à leur indépendance.

Bien au contraire, en 1226, les progrès du "séparatisme" occitan ont poussé Louis VIII à entreprendre une nouvelle croisade. Excommunié, le comte Raimond VII de Toulouse, a vainement tenté de résister. Après trois mois de siège, Avignon est tombée. Puis Nîmes, Castres, Carcassonne et Narbonne se sont rendues. La mort de Louis VIII, en novembre 1226, et la difficile mise en place de la régence du jeune Louis IX, exercée par sa mère, Blanche de Castille, ont permis à Raimond VII de reprendre quelques villes. Mais ce n'est là qu'un feu de paille : ses caisses sont vides, son armée est lasse et la population languedocienne accablée et résignée. L'impasse est telle que le comte de Toulouse se résout à accepter les offres de négociation de Blanche de Castille.

Au mois de décembre 1228, Raimond VII dépêche auprès de la régente le cistercien Elie Guérin pour régler les préliminaires de l'accord. Aussitôt, le ton est donné. Pour la monarchie, il s'agit moins de négocier que de s'assurer la mainmise sur les terres du comte de Toulouse et d'extirper définitivement l'hérésie cathare. 

Raimond VII, qui s'est engagé à accepter par avance les engagements que prendrait en son nom Elie Guérin, est piégé. 

Convoqué à Meaux, puis à Paris, il doit s'humilier devant le légat du pape, l'implacable cardinal Romano Frangipani (ou Romain de Saint-Ange). Le 12 avril 1229, jeudi saint, devant le portail de Notre Dame, en chemise et pieds nus, il jure obéissance à l'Eglise et s'engage à combattre le catharisme. Relevé ensuite de son excommunication, il est conduit devant l'autel pour y faire amende honorable et implorer la protection de Dieu pour la gloire de qui il s'engage à combattre cinq années durant en Terre Sainte.

Les clauses politiques ne sont pas moins rigoureuses. La régente Blanche de Castille, par ailleurs contestée, souhaite mettre un terme à le rébellion des provinces méridionales. Aussi Raimond VII doit-il céder aussitôt toutes ses possessions du Languedoc oriental, du Rhône à la Méditerranée, qui sont aussitôt organisées en sénéchaussées, celles de Beaucaire-Nîmes et de Carcassonne. Il perd aussi le marquisat de Provence au profit de l'Eglise.

Quant au Languedoc occidental, Toulouse et son comté, Raimond VII n'en conserve que l'usufruit. Il accepte de le laisser en héritage à sa fille unique, Jeanne, qui doit épouser Alphonse de Poitiers, le frère de Louis IX.

L'Agenais, le Rouergue, le Quercy et une partie de l'Albigeois lui restent en pleine propriété, mais iront enrichir l'héritage de Jeanne, si, hypothèse la plus probable, il meurt sans laisser d'autre héritier. En attendant, le comte prête au roi le serment de fidélité qui marque sa soumission, s'engage à abattre les remparts de Toulouse et à raser les châteaux de ses vassaux rebelles.

Dans ses domaines, l'Eglise lui impose de s'employer activement à extirper le catharisme, de veiller à la bonne exécution des sentences d'excommunication et à la rentrée des dîmes ecclésiastiques. Enfin, il devra payer d'ici quatre ans 20 000 marcs d'argent au roi et au clergé, et fonder l'Université de Toulouse, qui deviendra un bastion de la lutte contre le catharisme.

De retour dans le Languedoc, isolé et incapable de faire face à ses engagements financiers, Raimond VII boit le calice jusqu'à la lie et doit bientôt céder Cahors et quelques fiefs du Rouergue et du Quercy. Aux termes du traité de Meaux-Paris, il n'est plus qu'un obséquieux valet de l'Eglise et un docile sujet de Sa Majesté Louis IX, ainsi que l'ont voulu Blanche de Castille et le légat Frangipani.

Ce traité ne clôt cependant pas la lutte contre les Cathares, lesquels résisteront pendant encore près de vingt ans.


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Source : Article partiellement ou en totalité issu de Wikimédia.
Pour les curieux : de Dominique Baudis : Raimond le Cathare, Éditions Grasset, 1996. et Raimond d'Orient, Éditions Grasset, 1999.

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jeudi 11 avril 2024

Les traités d'Utrecht de 1713


11 avril 1713 - Entre la France et l'Angleterre
13 juillet 1713 - Entre l'Espagne et l'Angleterre


Les traités, signés à Utrecht à partir du 11 avril 1713, mettent fin à la douloureuse guerre de Succession d’Espagne commencée en 1701.

Signature du traité d'Utrecht, le 11 avril 1713

Ça s'est passé il y a trois cent onze ans.

Les traités d’Utrecht sont deux traités de paix signés à Utrecht (aux Provinces-Unies) en 1713 à la fin de la guerre de Succession d'Espagne. Le premier est signé le 11 avril entre le royaume de France et le royaume de Grande-Bretagne, le deuxième le 13 juillet entre l'Espagne et la Grande-Bretagne.

La guerre de Succession d'Espagne oppose de 1700 à 1714 plusieurs puissances européennes, en premier lieu la France de Louis XIV et la maison des Habsbourg d'Autriche, soutenue par une vaste coalition incluant notamment l'Angleterre (Royaume-Uni à partir de 1707) et les Provinces-Unies.

Les traités d'Utrecht officialisent le passage de l'Espagne des Habsbourg aux Bourbons, qui règnent encore sur ce pays de nos jours, mais au prix de pertes territoriales pour l'Espagne, notamment au profit de la maison d'Autriche (Pays-Bas espagnols).

En 1700, le roi d'Espagne Charles II, sans enfant, avait légué son royaume au duc Philippe d'Anjou, petit-fils du roi de France Louis XIV. Craignant une union de la France et de l'Espagne, plusieurs États européens, dont l'Angleterre et l'Autriche, s'étaient coalisés contre les Bourbons.

Après de sévères revers militaires, la France écarte le danger d'invasion grâce à la victoire du vieux maréchal Villars à Denain. Louis XIV peut enfin négocier la paix dans des conditions à peu près honorables.

À Utrecht, ses diplomates et ceux de l'Espagne font face aux représentants de l'Angleterre, de la Hollande, du Portugal, de la Savoie et de la Prusse.

Au terme du long règne de Louis XIV, la France garde un immense prestige en Europe, malgré ses difficultés dans la Guerre de Succession d'Espagne. Cela lui vaudra de rester pendant un siècle encore à l'avant-garde de la civilisation européenne. D'ailleurs, c'est en français qu'est rédigé le traité d'Utrecht. C'est une première car tous les actes diplomatiques étaient précédemment rédigés en latin. Le français devient pour deux siècles, jusqu'au traité de Versailles, la langue de la diplomatie.

La France doit céder l'île de Terre-Neuve à l'Angleterre, le territoire de la baie d'Hudson et l'Acadie au Canada, ainsi que l'île Saint-Christophe aux Antilles. Elle lâche aussi plusieurs villes allemandes : Brisach, Fribourg, Kehl, sur la rive droite du Rhin, et s'engage à détruire ses fortifications du bord du Rhin.

A la frontière du nord de la France, la Hollande obtient d'installer des garnisons dans huit forteresses : Furnes, Ypres, Menin, Tournai, Mons, Charleroi, Namur et Gand. Humiliante pour la France, cette "barrière" vise à prévenir toute nouvelle agression contre la Hollande.

La France reconnaît par ailleurs les droits de la dynastie de Hanovre sur le trône anglais et renonce à soutenir les droits des Stuart. Elle s'engage à détruire les fortifications érigées à Dunkerque par Vauban.

En contrepartie, le petit-fils de Louis XIV est confirmé comme roi d'Espagne sous le nom de Philippe V, tout en renonçant à ses droits sur le trône de France.

La Savoie se voit confirmer la possession d'une partie du Milanais. Elle recouvre la possession de la... Savoie, occupée par les troupes françaises. Le duc de Savoie cède à la France la vallée alpine de Barcelonnette en échange de Fenestrelle et d'Exiles. Il reçoit également le titre de roi ainsi que la Sicile (mais échange peu après cette dernière contre la Sardaigne).

L'Électeur de Brandebourg, Frédéric 1er de Hohenzollern, se voit reconnaître le titre de roi en Prusse (sans arriver à convaincre l'empereur d'Allemagne de lui reconnaître le titre plus honorable de roi de Prusse). Il reçoit la haute Gueldre, près de la Hollande, ainsi que la principauté de Neuchâtel. Il cède d'autre part à la France la principauté d'Orange (en Provence).

L'empereur Charles VI de Habsbourg reçoit la plupart des possessions espagnoles en Europe : Milan, Mantoue, Naples, la Sardaigne (qu'il échangera ensuite contre la Sicile), ainsi que les Pays-Bas du sud (l'actuelle Belgique).

La France apparaît en 1715, à la mort de Louis XIV, comme le royaume le plus peuplé, le plus puissant et le plus prospère d'Europe, avec une vingtaine de millions d'habitants et une population en progression. La " ceinture de fer" de Vauban la protège durablement contre les risques d'invasion...

En conclusion les traités d'Utrecht consacrent l'effacement de l'Espagne de l'avant-scène européenne au profit de l'extraordinaire ascension de l'Angleterre. En effet :
– Les Anglais acquièrent les colonies françaises du Canada ainsi que l'île de Minorque, dans l'archipel des Baléares, et la presqu'île de Gibraltar, enlevée à l'Espagne en 1704. Ils obtiennent aussi pour 30 ans le monopole de la traite des Noirs (l'asiento) dans l'Amérique espagnole.
– Les Provinces-Unies, bien que victorieuses, cèdent à leurs rivaux anglais la primauté maritime et commerciale.
– L'Allemagne et l'Italie restent divisées, malgré la montée en puissance de la Prusse et de la Savoie.
– La France conserve de "beaux restes". Ses frontières, puissamment fortifiées par Vauban, la tiendront à l'abri de l'invasion pendant près d'un siècle, jusqu'en 1792.

Les traités signés à Utrecht sont complétés quelques mois plus tard par le traité de Rastatt. Celui-ci est signé le 6 mars 1714 par le maréchal de Villars, qui représente Louis XIV, et le prince Eugène, qui représente l'empereur d'Allemagne.

Le traité de Bade du 7 septembre 1714 étend les clauses du précédent traité à toutes les principautés allemandes. Enfin, le traité d'Anvers (15 novembre 1715), ou traité de la "barrière", définit les rapports entre la Hollande (ou Provinces-Unies) et les Pays-Bas autrichiens.


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Source : Article partiellement ou en totalité issu de Wikimédia.
Pour les curieux : Max Gallo, "L'Hiver du Grand Roi", Louis XIV Tome II, 2007.

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dimanche 31 mars 2024

Rambouillet, 31 mars 1547


31 mars 1547  -  "Jésus ! Jésus !".


Après un règne d’une exceptionnelle longévité, François 1er meurt le 31 mars 1547 au château de Rambouillet. Il repose à la basilique Saint-Denis au côté de sa première épouse, Claude de France.

François 1er (1494-1547)

Ça s'est passé il y a quatre cent soixante-dix-sept ans.

... "Le roi de France, le mardi 29 mars de l'an 1547, a su qu'il allait mourir, que ses jours étaient comptés, que Dieu ne lui accordait point de sursis.

Depuis le mois de février et les premiers jours de mars, il avait cru, en dépit de la maladie, que Dieu ne l'appellerait pas encore en son royaume. Et il priait pour obtenir ces quelques mois de vie terrestre, se fiant aux dires de ses chirurgiens et de ses médecins.

Les chirurgiens avaient une nouvelle fois crevé l'abcès. Et le roi avait cru les praticiens qui lui avaient assuré qu'il n'était plus en péril de mort. C'est alors qu'il avait déclaré ne vouloir plus qu'une vie calme, enveloppée par la paix et le repos.

Il avait convoqué le dauphin Henri et lui avait recommandé quand il accéderait au trône, de protéger ses sujets de toutes les injustices. Puis il avait vu sa fille Marguerite et l'émotion avait été si forte qu'il avait pu garder longuement la main de Marguerite entre les siennes. "Sa tendreté de coeur paternel fut si grande qu'il fut contraint de tourner de l'autre côté de son lit."

Il avait écouté son aumônier, l'évêque de Mâcon, Pierre Duchâtel, et les paroles du prête l'avait réconforté. Mais le mardi 29 la fièvre avait été si forte, l'épuisement si profond qu'il avait compris que chaque partie de son corps était envahie par les armées funestes de le mort.

Il avait demandé l'extrême-onction. Il désirait être prêt à comparaître devant le grand tribunal de Dieu.Il ne voulait "point partir de ce monde sans avoir tous les caractères et enseignes d'un chevalier sous l'étendard et conduite de Jésus-Christ". Il s'était confessé.

Et il avait entendu une femme crier devant la porte de la chambre du roi : "Terre, engloutis-moi !" Il avait reconnu la voix de la duchesse d'Etampes à laquelle on ordonnait de quitter le château de Rambouillet, qui allait être la dernière demeure du roi de France. Et le roi devait se présenter devant Dieu blanchi de ses péchés. Et la duchesse d'Etampes pendant vingt ans avait été l'amour illégitime du roi. Elle avait encore crié "Terre engloutis-moi !" et elle s'était jetée sur le sol. Puis on l'avait entrainée Et elle avait gagné l'un de ses petits châteaux, présents du roi.

Le roi avait reçu ses proches et ses familiers. "Mon fils, avait-il dit au dauphin Henri, vous m'avez été un bon fils et je m'en contente..." Il avait béni son fils, mais le roi reconnaissait-il encore ceux qui s'approchaient de son lit d'agonie ? Le mercredi matin 30 mars de l'an 1547, il avait recouvré sa conscience et dit à son fils : "Mon fils faites-vous encore votre devoir ? Dieu vous le rendra !" Il le bénit pour la troisième fois.

C'est le grand jeu de la mort et de la vie qui se livre ainsi dans la nuit du mercredi 30 mars de l'an 1547. Le roi reconnait ses serviteurs puis son regard se dérobe et n'est plus qu'un brouillard qui lui ternit tout le visage. Il prononce des propos incohérents puis il revient à la raison et, le jeudi 31 mars de l'an 1547, il entend la messe.

C'est l'alternance de la brève clarté à l'ombre dense.
Il pardonne, il embrasse, il réconforte.
On a glissé une croix entre ses mains à la peau grise, il la porte à ses lèvres, et la garde serrée contre sa poitrine.

Il dit "Jésus." - C'est un souffle. - "Je l'ai dit, je l'ai dit Jésus." - Il se signe.

Le roi de France se meurt. Il est deux heures de l'après-midi, le jeudi 31 mars de l'an 1547."


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Source : Texte de Max Gallo de l'Académie française : François 1er, Roi de France, Roi-chevalier, Prince de la Renaissance française - (Chapitre 87 pages 366-368) - Editions XO, 2014.
Pour les curieux : "François 1er" par Didier Le Fur, éditions Perrin, collection Tempus (format poche), août 2018,

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dimanche 24 mars 2024

Un roi mal-aimé


24 mars 1603 - L'Écosse et l'Angleterre, réunies.


Mort d'Elizabeth 1ère et avènement de Jacques 1er

Jacques VI et 1er par Daniel Mytens l'Ancien (1621).

Ça s'est passé il y a 421 ans.

Le 24 mars 1603 meurt la reine Elizabeth 1ère, plus grand souverain qu'ait jamais eu l'Angleterre. Avant de mourir, la "reine vierge" a clairement désigné pour successeur son plus proche héritier, le roi d'Écosse Jacques VI Stuart. Celui-ci monte donc sur le trône d'Angleterre sous le nom de Jacques 1er d'Angleterre.

Le nouveau souverain est le fils de Marie Stuart, décapitée sur ordre d'Elizabeth, et de lord Darnley, lui-même exécuté par sa femme Marie. Ses droits sur le trône d'Angleterre viennent de ce qu'il est par sa mère l'arrière-arrière-petit-fils du roi Henri VII Tudor, tandis qu'Elizabeth 1ère était sa petite-fille.

Le nouveau souverain a été proclamé roi d'Écosse sous le nom de Jacques VI par les nobles en révolte contre sa mère quand il n'avait encore qu'un an, en 1567.

Enfant, Jacques VI a d'abord vécu dans l'ombre de plusieurs régents. Intelligent et dissimulateur, il a bénéficié d'une excellente éducation grâce à son précepteur George Buchanan et il est arrivé à se maintenir en-dehors des conflits entre catholiques pro-français et protestants pro-anglais.

Adulte, il s'est montré indifférent au sort de sa mère emprisonnée en Angleterre et s'est rapproché de la reine Elizabeth. C'est donc tout naturellement qu'il lui succède sur le trône d'Angleterre.

À 37 ans, le nouveau souverain inaugure l'union personnelle de l'Écosse et de l'Angleterre, les deux pays conservant leur indépendance. Sa volonté de conciliation se manifeste dans l'inhumation à Westminster, à quelques mètres de distance, des deux reines ennemies, Marie et Elizabeth.

En Écosse, Jacques VI Stuart a été élevé dans la religion calviniste. Cette variante du protestantisme se distingue de la religion presbytérienne, majoritaire en Écosse, comme de l'Église épiscopale anglicane, majoritaire en Angleterre.

En succédant à Elizabeth 1ère, le roi se convertit à la religion anglicane et devient le chef de cette Église, majoritaire en Angleterre.

Le roi Jacques 1er dissipe très vite le capital de sympathie dont il a hérité à son avènement. Il cache mal son goût pour l'absolutisme et la monarchie de droit divin, sujets sur lesquels il a écrit des traités.

Dans les dix dernières années de son règne, Jacques 1er accroît les haines contre sa personne en accordant sa confiance à un courtisan, le beau George Villiers. Le favori accède aux plus hautes dignités de la cour (grand amiral, grand écuyer...), acquiert en 1623 le prestigieux titre de duc de Buckingham et s'enrichit au-delà de toute mesure.

Chargé de négocier le mariage du prince de Galles, le futur Charles 1er, avec une infante espagnole, Buckingham scandalise la cour de Madrid par son comportement, fait échouer le projet de mariage et, qui plus est, entraîne son pays dans un conflit avec l'Espagne.

Il souhaite également réunir tous ses sujets dans la foi anglicane, ce qui ne tarde pas à exciter contre lui les catholiques. Ceux-ci montent le 5 novembre 1605, contre lui la "Conspiration des Poudres"(*). Les puritains protestants, pour leur part, choisissent l'exil de l'autre côté de l'Atlantique.

Débuté sous les meilleurs auspices, c'est dans ce climat délétère que se termine le règne du roi Jacques 1er, qui meurt le 27 mars 1625. Les Anglais reportent sur son fils, Charles 1er, l'espoir d'un redressement de la monarchie. Ils vont aller de déception en déception. Un quart de siècle plus tard, Charles 1er monte sur l'échafaud.


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(*) La conspiration des Poudres (actuellement appelée en anglais Gunpowder Plot, auparavant Gunpowder Treason Plot) est un attentat manqué contre le roi Jacques 1er d'Angleterre et le Parlement anglais par un groupe de catholiques provinciaux anglais conduits par Robert Catesby. Aujourd'hui, le 5 novembre, en angleterre, est le Bonfire Night, une journée de célébration juste pour le plaisir de la célébration, avec pétards et feux d'artifices..


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Source : Article partiellement ou en totalité issu de Wikimédia.
Pour les curieux : Alan Stewart, The Cradle King : A Life of James VI & I, 2003. (en anglais)

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samedi 23 mars 2024

Mort d'Archimède de Syracuse


212 av. J.-C. - "Ne dérange pas mes cercles".


l'auteur du célèbre principe : "Tout corps plongé dans un liquide subit, de la part de celui-ci, une poussée exercée du bas vers le haut et égale, en intensité, au poids du volume de liquide déplacé", meurt d'un simple et idiot coup d'épée.

Archimède de Syracuse (287 av. J.-C. - 212 av. J.-C.)

Ça s'est passé il y a 2236 ans.

Archimède de Syracuse fut un savant universel de l'antiquité et l'un des plus grands mathématiciens ayant jamais existé. Il serait né vers les années 287 av. J.-C en grèce. Son père Phidias fut un éminent astronome, comme tous les pères il voulait que son fils reçoive la meilleure éducation, il l'inscriva donc à la très prestigieuse école d'Alexandrie.

Eminent scientifique, il a contribuér à l'élaboration de l'hydrostatique, découvert une force mystérieuse qui existe pour tous les corps plongé dans un fluide. Force qu'on appelle aujourd'hui poussée d'Archimède. Et nous lui devons la fameuse et celebre expression "eurêka", "J'ai trouvé".

Ses travaux en géométrie et en mécanique sont inégalables. Il est surnommé le père de la mécanique statique. Hormis ses différents travaux scientifiques, il a été surtout reconnu comme étant un ingénieur millitaire hors pair. À lui seul il a inventé diverses machines de guerre telle que la griffe d'Archimède.

Malheureusement pour Archimède, en l'an 212 av. J.-C., la ville de Syracuse allait tomber aux mains des Romains. À ce moment là, le vieux Archimède âgé de 75 ans était en train de faire de la géométrie sur le sol. Trop pris par ses travaux, il était inconscient de l'arrivée des soldats Romains, il n'a pas eu le temps de s'échapper.

Un soldat romain croisa Archimède alors que celui-ci traçait des figures géométriques sur le sol. Troublé dans sa concentration par le soldat, Archimède lui aurait lancé "Ne dérange pas mes cercles". Le soldat se sentant offensé par le mépris dont faisait preuve Archimède à son égard, sans hésiter, sorti son épée et lui transperça l'abdomen. C'est ainsi qu'Archimède mourut.

La mort d'Archimède par Edouard Vimont (1846-1930).


Le général consul Marcus Claudius Marcellus qui dirigeait l'armée romaine, et qui avait en haute estime le savant, ne désirait pas sa mort et fut navré d'apprendre son décès. Il fit organiser des funérailles grandioses, et sur le tombeau du savant, il fit graver... une sphère et son cylindre circonscrit et, pour inscription, le rapport du solide contenant au solide contenu.


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Source : Article partiellement ou en totalité issu de Wikimédia.

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