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vendredi 12 avril 2024

Signature du Traité de Meaux Paris


12 avril 1229 - Raymond VII de Toulouse cède ses domaines à la Couronne.


Au terme de dix sept années de lutte contre le pouvoir royal, le dernier des comtes de Toulouse rend les armes. En 1229, humilié par le traité de Meaux-Paris, Raimond VII abandonne ses terres du Languedoc aux Capétiens. Malgré la persistance de l'hérésie cathare, qui ne sera définitivement vaincue qu'une vingtaine d'années plus tard, la régente Blanche de Castille remporte là une grande victoire politique.

Raimond VII se soumettant à Louis IX (BnF)

C'était il y a sept cent quatre-vingt-quinze ans.

Depuis 1209, lorsque le pape Innocent III a fait prêcher la croisade contre les Cathares (les Albigeois), le midi de la France est ravagé par la guerre. Durant dix sept années, le Languedoc est saigné à blanc par les troupes royales, menées par l'impitoyable Simon de Montfort. Ce dernier ainsi que son fils Amaury, n'ont pu mettre un terme à l'hérésie cathare ni à la rébellion des barons occitans, très attachés à leur indépendance.

Bien au contraire, en 1226, les progrès du "séparatisme" occitan ont poussé Louis VIII à entreprendre une nouvelle croisade. Excommunié, le comte Raimond VII de Toulouse, a vainement tenté de résister. Après trois mois de siège, Avignon est tombée. Puis Nîmes, Castres, Carcassonne et Narbonne se sont rendues. La mort de Louis VIII, en novembre 1226, et la difficile mise en place de la régence du jeune Louis IX, exercée par sa mère, Blanche de Castille, ont permis à Raimond VII de reprendre quelques villes. Mais ce n'est là qu'un feu de paille : ses caisses sont vides, son armée est lasse et la population languedocienne accablée et résignée. L'impasse est telle que le comte de Toulouse se résout à accepter les offres de négociation de Blanche de Castille.

Au mois de décembre 1228, Raimond VII dépêche auprès de la régente le cistercien Elie Guérin pour régler les préliminaires de l'accord. Aussitôt, le ton est donné. Pour la monarchie, il s'agit moins de négocier que de s'assurer la mainmise sur les terres du comte de Toulouse et d'extirper définitivement l'hérésie cathare. 

Raimond VII, qui s'est engagé à accepter par avance les engagements que prendrait en son nom Elie Guérin, est piégé. 

Convoqué à Meaux, puis à Paris, il doit s'humilier devant le légat du pape, l'implacable cardinal Romano Frangipani (ou Romain de Saint-Ange). Le 12 avril 1229, jeudi saint, devant le portail de Notre Dame, en chemise et pieds nus, il jure obéissance à l'Eglise et s'engage à combattre le catharisme. Relevé ensuite de son excommunication, il est conduit devant l'autel pour y faire amende honorable et implorer la protection de Dieu pour la gloire de qui il s'engage à combattre cinq années durant en Terre Sainte.

Les clauses politiques ne sont pas moins rigoureuses. La régente Blanche de Castille, par ailleurs contestée, souhaite mettre un terme à le rébellion des provinces méridionales. Aussi Raimond VII doit-il céder aussitôt toutes ses possessions du Languedoc oriental, du Rhône à la Méditerranée, qui sont aussitôt organisées en sénéchaussées, celles de Beaucaire-Nîmes et de Carcassonne. Il perd aussi le marquisat de Provence au profit de l'Eglise.

Quant au Languedoc occidental, Toulouse et son comté, Raimond VII n'en conserve que l'usufruit. Il accepte de le laisser en héritage à sa fille unique, Jeanne, qui doit épouser Alphonse de Poitiers, le frère de Louis IX.

L'Agenais, le Rouergue, le Quercy et une partie de l'Albigeois lui restent en pleine propriété, mais iront enrichir l'héritage de Jeanne, si, hypothèse la plus probable, il meurt sans laisser d'autre héritier. En attendant, le comte prête au roi le serment de fidélité qui marque sa soumission, s'engage à abattre les remparts de Toulouse et à raser les châteaux de ses vassaux rebelles.

Dans ses domaines, l'Eglise lui impose de s'employer activement à extirper le catharisme, de veiller à la bonne exécution des sentences d'excommunication et à la rentrée des dîmes ecclésiastiques. Enfin, il devra payer d'ici quatre ans 20 000 marcs d'argent au roi et au clergé, et fonder l'Université de Toulouse, qui deviendra un bastion de la lutte contre le catharisme.

De retour dans le Languedoc, isolé et incapable de faire face à ses engagements financiers, Raimond VII boit le calice jusqu'à la lie et doit bientôt céder Cahors et quelques fiefs du Rouergue et du Quercy. Aux termes du traité de Meaux-Paris, il n'est plus qu'un obséquieux valet de l'Eglise et un docile sujet de Sa Majesté Louis IX, ainsi que l'ont voulu Blanche de Castille et le légat Frangipani.

Ce traité ne clôt cependant pas la lutte contre les Cathares, lesquels résisteront pendant encore près de vingt ans.


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Source : Article partiellement ou en totalité issu de Wikimédia.
Pour les curieux : de Dominique Baudis : Raimond le Cathare, Éditions Grasset, 1996. et Raimond d'Orient, Éditions Grasset, 1999.

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jeudi 11 avril 2024

Les traités d'Utrecht de 1713


11 avril 1713 - Entre la France et l'Angleterre
13 juillet 1713 - Entre l'Espagne et l'Angleterre


Les traités, signés à Utrecht à partir du 11 avril 1713, mettent fin à la douloureuse guerre de Succession d’Espagne commencée en 1701.

Signature du traité d'Utrecht, le 11 avril 1713

Ça s'est passé il y a trois cent onze ans.

Les traités d’Utrecht sont deux traités de paix signés à Utrecht (aux Provinces-Unies) en 1713 à la fin de la guerre de Succession d'Espagne. Le premier est signé le 11 avril entre le royaume de France et le royaume de Grande-Bretagne, le deuxième le 13 juillet entre l'Espagne et la Grande-Bretagne.

La guerre de Succession d'Espagne oppose de 1700 à 1714 plusieurs puissances européennes, en premier lieu la France de Louis XIV et la maison des Habsbourg d'Autriche, soutenue par une vaste coalition incluant notamment l'Angleterre (Royaume-Uni à partir de 1707) et les Provinces-Unies.

Les traités d'Utrecht officialisent le passage de l'Espagne des Habsbourg aux Bourbons, qui règnent encore sur ce pays de nos jours, mais au prix de pertes territoriales pour l'Espagne, notamment au profit de la maison d'Autriche (Pays-Bas espagnols).

En 1700, le roi d'Espagne Charles II, sans enfant, avait légué son royaume au duc Philippe d'Anjou, petit-fils du roi de France Louis XIV. Craignant une union de la France et de l'Espagne, plusieurs États européens, dont l'Angleterre et l'Autriche, s'étaient coalisés contre les Bourbons.

Après de sévères revers militaires, la France écarte le danger d'invasion grâce à la victoire du vieux maréchal Villars à Denain. Louis XIV peut enfin négocier la paix dans des conditions à peu près honorables.

À Utrecht, ses diplomates et ceux de l'Espagne font face aux représentants de l'Angleterre, de la Hollande, du Portugal, de la Savoie et de la Prusse.

Au terme du long règne de Louis XIV, la France garde un immense prestige en Europe, malgré ses difficultés dans la Guerre de Succession d'Espagne. Cela lui vaudra de rester pendant un siècle encore à l'avant-garde de la civilisation européenne. D'ailleurs, c'est en français qu'est rédigé le traité d'Utrecht. C'est une première car tous les actes diplomatiques étaient précédemment rédigés en latin. Le français devient pour deux siècles, jusqu'au traité de Versailles, la langue de la diplomatie.

La France doit céder l'île de Terre-Neuve à l'Angleterre, le territoire de la baie d'Hudson et l'Acadie au Canada, ainsi que l'île Saint-Christophe aux Antilles. Elle lâche aussi plusieurs villes allemandes : Brisach, Fribourg, Kehl, sur la rive droite du Rhin, et s'engage à détruire ses fortifications du bord du Rhin.

A la frontière du nord de la France, la Hollande obtient d'installer des garnisons dans huit forteresses : Furnes, Ypres, Menin, Tournai, Mons, Charleroi, Namur et Gand. Humiliante pour la France, cette "barrière" vise à prévenir toute nouvelle agression contre la Hollande.

La France reconnaît par ailleurs les droits de la dynastie de Hanovre sur le trône anglais et renonce à soutenir les droits des Stuart. Elle s'engage à détruire les fortifications érigées à Dunkerque par Vauban.

En contrepartie, le petit-fils de Louis XIV est confirmé comme roi d'Espagne sous le nom de Philippe V, tout en renonçant à ses droits sur le trône de France.

La Savoie se voit confirmer la possession d'une partie du Milanais. Elle recouvre la possession de la... Savoie, occupée par les troupes françaises. Le duc de Savoie cède à la France la vallée alpine de Barcelonnette en échange de Fenestrelle et d'Exiles. Il reçoit également le titre de roi ainsi que la Sicile (mais échange peu après cette dernière contre la Sardaigne).

L'Électeur de Brandebourg, Frédéric 1er de Hohenzollern, se voit reconnaître le titre de roi en Prusse (sans arriver à convaincre l'empereur d'Allemagne de lui reconnaître le titre plus honorable de roi de Prusse). Il reçoit la haute Gueldre, près de la Hollande, ainsi que la principauté de Neuchâtel. Il cède d'autre part à la France la principauté d'Orange (en Provence).

L'empereur Charles VI de Habsbourg reçoit la plupart des possessions espagnoles en Europe : Milan, Mantoue, Naples, la Sardaigne (qu'il échangera ensuite contre la Sicile), ainsi que les Pays-Bas du sud (l'actuelle Belgique).

La France apparaît en 1715, à la mort de Louis XIV, comme le royaume le plus peuplé, le plus puissant et le plus prospère d'Europe, avec une vingtaine de millions d'habitants et une population en progression. La " ceinture de fer" de Vauban la protège durablement contre les risques d'invasion...

En conclusion les traités d'Utrecht consacrent l'effacement de l'Espagne de l'avant-scène européenne au profit de l'extraordinaire ascension de l'Angleterre. En effet :
– Les Anglais acquièrent les colonies françaises du Canada ainsi que l'île de Minorque, dans l'archipel des Baléares, et la presqu'île de Gibraltar, enlevée à l'Espagne en 1704. Ils obtiennent aussi pour 30 ans le monopole de la traite des Noirs (l'asiento) dans l'Amérique espagnole.
– Les Provinces-Unies, bien que victorieuses, cèdent à leurs rivaux anglais la primauté maritime et commerciale.
– L'Allemagne et l'Italie restent divisées, malgré la montée en puissance de la Prusse et de la Savoie.
– La France conserve de "beaux restes". Ses frontières, puissamment fortifiées par Vauban, la tiendront à l'abri de l'invasion pendant près d'un siècle, jusqu'en 1792.

Les traités signés à Utrecht sont complétés quelques mois plus tard par le traité de Rastatt. Celui-ci est signé le 6 mars 1714 par le maréchal de Villars, qui représente Louis XIV, et le prince Eugène, qui représente l'empereur d'Allemagne.

Le traité de Bade du 7 septembre 1714 étend les clauses du précédent traité à toutes les principautés allemandes. Enfin, le traité d'Anvers (15 novembre 1715), ou traité de la "barrière", définit les rapports entre la Hollande (ou Provinces-Unies) et les Pays-Bas autrichiens.


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Source : Article partiellement ou en totalité issu de Wikimédia.
Pour les curieux : Max Gallo, "L'Hiver du Grand Roi", Louis XIV Tome II, 2007.

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mercredi 28 février 2024

Traité (ou Edit) de Nérac


3-28 février 1579 - Les conférences de Nérac.


Traité, également appelé Edit de Nérac, intervient en préambule de la VIIème guerre de religion, confirmant l'édit de Poitiers. Il donne 14 places de sûreté supplémentaires pour les protestants pour six mois. Six mois plus tard, les protestants refusent de rendre les places.

Château de Nérac où se déroulèrent les conférences

Ça s'est passé il y a 445 ans.

La cour de Nérac à la fin du XVIe siècle est souvent idéalisée : nous la voyons comme le lieu témoin de "l’amour" entre Marguerite et Henri. Pourtant, il s’agit avant tout d’une cour politisée au service du roi de Navarre. En effet, à cette époque, le royaume de France est plongée dans les guerres de religion depuis 1562 selon l’historiographie officielle, même si les premiers affrontements entre catholiques et protestants sont antérieurs. Ils débutent en effet sous le règne de François 1er. Ce dernier a d’abord une politique accommodante vis-à-vis des protestants. Puis il opère un changement à 180 degrés lorsque les plus radicaux d’entre eux en viennent à contester l’autorité de la couronne à compter de la célèbre "affaire des placards" de 1537.

En 1579, la question protestante occupe la couronne depuis près de quarante ans déjà, alors que le pays est gouverné par le petit-fils de François 1er : Henri III. Catherine de Médicis décide donc de mettre en place une énième paix entre catholiques et protestants. Pour ce faire, elle décide de se rendre sur les bords de Baïse afin de rencontrer son gendre Henri de Navarre, pour signer un traité de paix .

Dès l’annonce de sa venue, le roi de Navarre met tout en œuvre pour la recevoir dignement et chercher à l’impressionner afin d’être en position de force au moment des négociations. Pour cela, il fait transporter en son château de Nérac un mobilier magnifique, il achète des chevaux prestigieux, il fait préparer de nombreux bals et banquets, il organise journellement des chasses et des activités variées.

Henri affiche à Nérac un luxe inouï. Cependant, Catherine de Médicis, femme rompue à la politique, ne semble pas dupe de ces manœuvres et la mise en place de la paix est remise en question à maintes reprises.

Le 3 février 1579, Catherine de Médicis étant à Port-Sainte-Marie arrive à Nérac pour presider avec son gendre, les conférences entre catholiques et protestants. La reine-mère séjourne au château de Nérac avec son train du 4 février au 4 mars. Les Conférences débutent le lendemain de son arrivée, pour se terminer le 25 février. Elle écrit en effet au maréchal de Damville que la conférence est terminée et que tout a été résolu quant à l’exécution entière de l’Édit.

Il faut attendre toutefois le 28 février pour que les 27 articles "secrets" de la conférence de Nérac soient signés : il s’agissait d’une victoire pour la reine mère, puisque seulement trois villes en Guyenne et onze en Languedoc étaient concédées en garde pour six mois aux huguenots. Quant aux huit places de sûreté originellement octroyées par l’édit de Poitiers, elles devaient comme prévu être restituées au bout de six années.

La signature du roi de France Henri III sera apposée le 14 mars suivant. La reine mère peut ensuite quitter Nérac, après désignation de délégués chargés de se rendre dans les villes pour y faire appliquer les articles enfin cosignés, sur le début mars.

Mais six mois plus tard, les protestants refusent de rendre les places, ce qui déclenche la VIIe guerre de religion. Elle sera conclue un an plus tard, le 26 novembre 1580 à Fleix. La Paix de Fleix confirme définitivement les concessions de Nérac.

Les guerres de religion opposeront l’état aux Huguenots pendant encore trente-six ans.


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Sources : Article partiellement ou en totalité issu de Wikimédia.
Pour les curieux : les 27 articles du traité : http://elec.enc.sorbonne.fr/editsdepacification/html/edit_10.html

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