lundi 17 juin 2019

Troisième siège de Toulouse

 

17 juin au 1er août 1219 - Troisième siège de Toulouse


Ca s'est passé il y a huit cents ans.

Siège de Toulouse de 1219
Nous sommes en 1219, dans la "Reconquista" occitane. Simon de Montfort est mort depuis un an déjà, le 25 juin 1218, lors du second siège de Toulouse, la tête fracassée par un boulet d'une catapulte. Son fils aîné Amaury, âgé de vingt ans à peine se retrouve à la tête de l'armée des croisées, et courageusement va tout tenter pour sauver les conquêtes de son père. Mais il manque cruellement d'expérience. Le pape Honorius III cherche à intensifier la croisade et en appelle au roi de France Philippe Auguste qui envoie son fils le prince Louis pour sa seconde expédition en Languedoc.

Le 17 juin, Louis de France, accompagné d’Amaury de Montfort, après un passage désastreux par Marmande, arriva devant Toulouse et investit la ville "de toute part, dans tout le circuit formé par le Faubourg de Saint-Sernin, une partie de la Cité et au-delà de la Garonne"(*), sur toute sa périphérie. Il se trouvait, en raison de ses effectifs, en position meilleure que Simon de Montfort en 1217-1218. Il avait aussi un grand nombre de machines de siège.

Raymond le Jeune, revenu de Baziège, était déjà dans la ville et préparait la défense. Il avait préféré concentrer ses forces à Toulouse plutôt que d'envoyer des secours à Marmande. Il exaltait son peuple au combat, fait exposer sous la voûte de la basilique Saint-Sernin les reliques de l’évêque saint Exupère, protecteur de Toulouse, et tient conseil avec ses barons. Son principal conseiller, Pelfort de Rabastens, qui a la réputation de bien parler, harangue l’assemblée : " il faut que Raymondet, en bon vassal qu’il est, lui remette les clefs de la ville… ". Mais le jeune Raymond ne l’entend pas ainsi : " Le roi de France est certes mon suzerain, mais il m’a fait violence. Il est venu chez nous l’épée sanglante au poing. Il a pillé Marmande et tué mes barons…Le roi n’entrera pas ici en suzerain sans avoir traversé le feu de la vérité : Toulouse est une coupe emplie de vin de vie… ".

C’est le troisième siège que cette malheureuse ville allait avoir à subir. Les Toulousains montèrent le même zèle et la même vigilance que lors du siège de l’année précédente. L’armée royale tenta plusieurs assauts qui furent tous repoussés avec acharnement. Jean de Béthune, évêque de Cambrai touché par une flèche mourut sur le champ. Le prince Louis croyait que les Toulousains se laisseraient impressionner par la bannière fleurdelisée ; qu’ils n’oseraient résister au fils du roi de France !

Dans chaque camp les participants avaient en tête les souvenirs des précédents sièges. Les Toulousains savaient désormais ce qu’il en coutait d’ouvrir leurs portes au gens du roi et c’étaient des chiens enragés que les croisés avaient en face d’eux, aujourd’hui.

Le siège dura quarante-cinq jours, sans que la résistance fléchît.

Au cours de la croisade, disent les chroniqueurs, Dieu fit beaucoup de miracles en faveur de Simon de Montfort. Soyons juste et de reconnaitre qu’en cette occurrence il daigna aussi en faire un pour le jeune Raymond : le français ne put s’emparer de la ville. Ce fut "un désolant échec " comme dira le pape Honorius III. Découragé, le 1er août, à la surprise générale, " arguant que sa quarantaine est terminée, il (Le roi) lève le siège si précipitamment qu’il abandonne sur place ses machines dont les assiégés font un feu de joie ". Les protestations d’Amaury de Montfort et du cardinal-légat n’y firent rien, Louis de France repartit pour Paris, jugeant que " le fruit n’était pas encore assez mûr ". Il laissa à Amaury de Montfort un contingent de deux cent chevaliers pour une durée d’un an. Ce dernier s’installa à Castelnaudary pendant que le comte Raymond VI et son fils accordèrent des privilèges aux habitants de Toulouse pour les remercier de leur courage et pour relancer l’activité économique.

La ville de Toulouse était une nouvelle fois sauvée.


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(*) - Le chroniqueur Pierre de Vaux-de-Cernay ayant terminé son Histoire de la guerre albigeoise par la mort de Simon de Montfort (1218), il nous reste la chronique (Chronica) de Guillaume de Puylaurens, dont la description dans le déroulement des évènements manque de précision et nous laisse souvent sur notre faim, et la Chanson de la croisade albigeoise (Canso) de Guillaume de Tudèle pour la première partie, jusqu'en 1214 et par Anonyme (auteur inconnu) pour la seconde partie jusqu'en 1219, bataille de Baziège et siège de Toulouse.
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