jeudi 12 janvier 2023

Pierre de Fermat (1601?-1665)


12 janvier 1665 - Mort de Pierre de Fermat


Un mystère plane toujours quant à l'endroit où se trouve la tombe de Pierre de Fermat.
Le génial mathématicien, est-il réellement enterré sous la place Jean Jaurès à Castres ? 
Son tombeau se trouve-t-il dans l'église du couvent des Augustins à Toulouse, 
qui depuis 1795 est un musée ?
Mystère?
Pierre de Fermat (1601?-1665)
Magistrat, poète, polymathe et mathématicien français
surnommé le "Prince des amateurs"
"... Mathématicien et magistrat la carrière de Pierre de Fermat s'est déroulée entre les villes de Toulouse et de Castres. Certes, c'est à Toulouse qu'il a vécu la plus grande partie de sa vie, d'abord comme commissaire aux Requêtes puis comme conseiller au Parlement. Mais il a siégé également pendant plusieurs années à la Chambre de l'Édit, alors établie à Castres, et c'est dans cette ville qu'il meurt le 12 janvier 1665.

"... Fermat revient à Castres en novembre 1663 ; il y retrouve son fils cadet Jean, alors chanoine au chapitre cathédral. Ce séjour qui doit se prolonger d'une année en raison du renouvellement de sa Commission, va être interrompu par la mort, le 12 janvier 1665.

"... Un codicille, rédigé le 13 septembre 1664, à son testament apporte quelques précisions sur ses derniers mois à Castres. Dans le préambule, Fermat indique qu'il est "incommodé d'une maladie qui pourrait avoir de mauvaises suites" puis il précise les avantages faits à sa femme dans son testament dont il confirme les autres dispositions. C'est le jour même de sa mort, le 12 janvier 1665, que Pierre de Fermat, "alyté dans son lit... à cause de certaine maladie et indisposition corporelle, ayant toutefois son bon sens, mémoire, entendement et parfaite cognoissance", confie au notaire ce codicille préalablement "cousu de soye noire et cacheté de son cachet ordinaire avec cire rouge en dix endroits" voulant qu'il demeure secret jusqu'à son décès.

"... Ainsi se trouve infirmée la tradition, longtemps vivace à Castres, qui voulait que Fermat soit mort subitement au cours même d'une audience à la Chambre de l'Édit.

"... Il faudrait pouvoir maintenant préciser la destinée de sa dépouille mortelle. Deux certitudes seulement : tout d'abord on sait que Pierre de Fermat a été inhumé le 13 janvier 1665 dans la chapelle des Révérends Pères de Saint-Dominique "où les Messieurs du Vénérable Chapitre ont fait l'Office" ; le registre des orbituaires précise  "la dite sépulture est dans le balustre du costé du septentrion et il y a une pierre, son nom inscrit dessus ". Ensuite, M. Pierre Salies a établi sans conteste que le reçu de " Mademoiselle de Fermat, veuve à Monsieur Fermat, pour la présence des religieux à l'enterrement de M. Fermat ", en date du 24 décembre 1675, ne correspond pas au transfert des cendres du conseiller en la Chambre de l'Édit, dans le mausolée élevé par son fils dans la chapelle des Augustins de Toulouse, mais à l'enterrement de Christophe Fermat, marchand chandelier à Toulouse.

"... On ne peut maintenant que formuler des hypothèses : il nous paraît peu probable que le corps de Fermat ait été transféré à Toulouse ; les transferts de corps sont rares à cette époque et ils sont le plus souvent signalés dans les registres. Par contre, le fait capital est que la chapelle des Jacobins, rapidement rebâtie en 1598 au retour des frères Prêcheurs dans la ville, détruite à nouveau en 1622 lors des guerres du duc de Rohan et reconstruite à partir de 1632, a été remplacée par une nouvelle chapelle dont la construction a commencé le 20 juin 1665 ; mais l'ouverture de l'église n'a été réalisée qu'en 1678 et les travaux d'aménagement se sont poursuivis jusqu'après 1700.

"... La chapelle, où a été inhumé Fermat, a été transformée à la fin du XVIIe siècle, puis démolie au XIXe siècle, ainsi que tout le couvent, sans qu'à aucun moment ne soit mentionné le transfert des corps qu'elle contenait. On peut regretter que la tombe de Fermat n'ait pas résisté aux injures du temps et surtout à l'indifférence des hommes. La présence de cette tombe n'ajouterait certes rien à la gloire du mathématicien, mais elle serait un prestigieux témoignage d'un moment capital de l'histoire de Castres. ..."

Extrait du "Fermat à Castres" de Dr Pierre Chabbert. (Revue d’histoire des sciences – 1967)
Plaque posée Place Jean Jaurès à Castres
où Fermat a été enterré
On peut y lire :
En ces lieux le 13 janvier 1665 a été enseveli
Pierre de Fermat
conseiller à la chambre de l'Edit
et mathématicien de grand renom
célèbre pour son théorème,
aⁿ + bⁿ ≠ cⁿ pour n > 2

Qui était Pierre de Fermat ?

Pierre Fermat est né à Beaumont-de-Lomagne dans le Tarn-et-Garonne. On ignore la date exacte. Pour certains le 20 août 1601, pour d’autres le 31 octobre 1605 et d’autres encore entre 1607 et 1608.

Issu d’une famille bourgeoise, il fait ses études à Toulouse qu’il poursuit à Orléans pour devenir bachelier en droit civil.

En 1630, il est nommé conseiller du roi à la Chambre des requêtes au Parlement de Toulouse et à partir de 1648, il accède à des fonctions plus élevées hiérarchiquement, à la Chambre Criminelle et la "Grand’Chambre"**. Puis en 1648, il devient membre de la Chambre de l'Edit de Castres.

Ses fonctions de magistrat lui assurent des revenus aisés accommodés d’un domaine d’environ 140 hectares de bonnes terres de culture. Par ailleurs, ses hautes responsabilités parlementaires lui permettent d’ajouter une particule de noblesse à son nom pour devenir Pierre de Fermat. 

Mais aux dires de certains, ce n’est pas par ses qualités professionnelles que Fermat est reconnu. Il serait même un médiocre magistrat. En revanche, ses activités scientifiques pour lesquelles il s’adonne en amateur, le consacrent comme un génie de son temps. Il ne s’intéresse aux mathématiques que par plaisir, adore la démonstration et propose des méthodes innovantes. 

Pourtant Fermat ne publiera rien de son vivant ; l’essentiel de ses travaux se dispersent au travers de correspondances avec quelques-uns des plus grands scientifiques de son temps tels que Galilée (1564-1642), René Descartes (1596-1650), Blaise Pascal (1623-1662) ou Marin Mersenne (1588-1648).
Marin Mersenne (1588-1648) Religieux,
Physicien, mathématicien et Philosophe français
En 1632, Fermat rencontre pour la première fois Pierre de Carcavi (1600?-1684), un autre conseiller au parlement de Toulouse avec lequel il se lie d’amitié et partage son goût pour les sciences. C’est avec lui et Mersenne que Fermat traite de problèmes sur la chute des corps déjà exposés par Galilée.
Pierre de Carcavi (1600?-1684),
Conseiller au Parlement de Toulouse et
mathématicien français
En parallèle avec Descartes, avec qui Fermat correspond et n’est pas toujours en accord, il développe la notion de représentation graphique d’une fonction. Pour Descartes, le repère permet de résoudre un problème de géométrie alors que Fermat part directement d’une expression algébrique pour tracer la courbe. 

Ses travaux en analyse sont les bases du calcul différentiel que reprendront un peu plus tard Isaac Newton (1643-1727) et Gottfried Wilhelm von Leibniz (1646-1716). Fermat approche la notion de dérivée pour trouver les minima et maxima de fonctions polynômes et développe une méthode d’intégration proche de celle utilisée aujourd’hui.
René Descartes (1596-1650)
mathématicien, physicien et philosophe français
Dans leurs correspondances, Fermat et Pascal exposent une théorie nouvelle : les calculs de probabilités. Ils s’intéressent à la résolution de problèmes de dénombrement comme par exemple celui du Chevalier de Méré : "Comment distribuer équitablement la mise à un jeu de hasard interrompu avant la fin ?" (le paradoxe du Chevalier Méré). 

L'ensemble des résultats de leurs recherches sera publié en 1675 par Christiaan Huygens (1629-1695) dans son ouvrage "De ratiociniis in ludo aleae".
Blaise Pascal (1623-1662),
Mathématicien, physicien, moraliste, philosophe,
inventeur et théologien français
Mais ce qui passionne le plus Fermat, ce sont les problèmes de l’Antiquité. Il expose et développe des travaux d’arithmétique de Pythagore de Samos (569avJC-475avJC), Euclide d'Alexandrie (320avJC-260avJC), Archimède de Syracuse (287avJC-212avJC), Eudoxe de Cnide (408avJC-355avJC) et Diophante d'Alexandrie (IIIème siècle de notre ère). C’est dans l’ouvrage de ce dernier, "Les Arithmétiques" que Fermat renferme toutes ses recherches sur la théorie des nombres. Il y laisse de nombreux énoncés non démontrés que plus tard le mathématicien suisse Leonhard Euler (1707-1783) tentera de résoudre. On y trouve en particulier l’un des problèmes les plus célèbres de l’histoire des mathématiques : "La conjecture de Fermat" :

 " L’équation xⁿ + yⁿ = zⁿ n’a pas de solution avec x, y, z > 0 et n > 2 "

Cet ouvrage annoté par Fermat sera publié par son fils juste après sa mort en 1665. 

Grace à Fermat l'arithmétique devient une branche des mathématiques à part entière qui se sépare alors de la géométrie.

Nous devons aussi à Fermat le raisonnement par l’absurde qui pour démontrer une affirmation, consiste à supposer l’hypothèse contraire comme vraie dans le but d’aboutir à une contradiction. L’hypothèse contraire étant fausse, l’affirmation est donc vraie. 

Un exemple célèbre de démonstration par l’absurde : Soient deux hypothèses :
- Socrate est un homme
- Les hommes sont mortels
Démontrons par l’absurde que "Socrate est mortel". Pour cela, supposons le contraire : "Socrate est immortel". Puisque les hommes sont mortels, Socrate n’est pas un homme. Mais ceci est contradictoire avec la première hypothèse "Socrate est un homme". La proposition de départ "Socrate est immortel" est donc fausse, son contraire est alors vrai : "Socrate est mortel".

Qu'est-ce que la "conjecture de Fermat"

En mathématiques, on appelle conjecture, une règle qui n'a jamais été prouvée. On a vérifié cette règle sur beaucoup d'exemples mais on n'est pas sûr qu'elle soit toujours vraie. Mais pourquoi la conjecture de Fermat a-t-elle été la plus célèbre d'entre toutes ? 

Tout commence par le théorème de Pythagore. 

Nous savons qu’il existe des solutions à l’équation x² + y² = z². Ce sont les longueurs des côtés d’un triangle rectangle, aussi appelés triplets pythagoriciens. Par exemple, (3, 4, 5) en est un. Le mathématicien français Pierre de Fermat se pose alors la question suivante : si l’on remplace les carrés par des cubes, existe-t-il des solutions non nulles à l’équation x³ + y³ = z³ ? Essayons par exemple 3³ + 4³ = 91, mais 91 n’est pas un cube … Fermat en arrive à affirmer que ce n’est pas possible pour les cubes ni même pour aucune puissance strictement supérieure à 2. 

"Un cube n'est jamais la somme de deux cubes, une puissance quatrième n'est jamais la somme de deux puissances quatrièmes et plus généralement aucune puissance supérieure à 2 n'est la somme de deux puissances analogues." 

Et Fermat ajoute : "J’ai trouvé une merveilleuse démonstration de cette proposition, mais la marge est trop étroite pour la contenir" .
La fameuse marge annotée par Fermat dans "Les Arithmétiques"
Affirmation que Fermat, farceur ou vantard, n’est très certainement jamais arrivé à démontrer !!! 

L'énoncé de la "conjecture de Fermat" dans le langage d’aujourd’hui donne : 
"L’équation xⁿ + yⁿ = zⁿ n’a pas de solution en entiers strictement positifs, pour tout entier n strictement supérieur à 2. " 

Fermat établira tout de même une preuve pour n = 4. Plus tard, le suisse Leonhard Euler (1707-1783) propose une démonstration pour n = 3. En 1828, l’allemand Peter Lejeune-Dirichlet (1805-1859) la démontre pour n = 5, puis en 1840, Gabriel Lamé (1795-1870) et Joseph Liouville (1809-1882) pour n = 7. 

La course folle après la conjecture de Fermat est lancée. Les plus grands mathématiciens et savants s’affrontent pour être le premier à venir à bout de cette étonnante conjecture à l'énoncé si simple mais dont la démonstration semble inaccessible. Il faut dire que des récompenses très appréciables sont promises. L’Académie des sciences de Paris promet une médaille d’or et une somme de 300 000 francs or. 

C’est en 1993 que la conjecture défraie la chronique. Les médias de toutes parts annoncent la fin de ce grand mythe des mathématiques, qui résistait depuis plus de 350 ans à toutes les démonstrations. Le gagnant s’appelle Andrew Wiles, un anglais né à Cambridge en 1953. Sa mère, professeur de mathématiques l’initie très jeune au maniement des nombres. C’est à l’âge de 10 ans qu’il tombe dans la "conjecture de Fermat" en empruntant à la bibliothèque un manuel d’histoire des mathématiques relatant les travaux du mathématicien français. 

"Cela avait l’air si simple, et pourtant aucun des grands mathématiciens de l’histoire n’avait pu le résoudre." dira Wiles à la première lecture de l'énoncé.

Pas si simple, car il faudra au mathématicien anglais sept années d’isolement et de labeur pour arriver à bout, (croyait-il ?) le 23 juin 1993 de la conjecture de Fermat. 

A l’Institut Isaac Newton de Cambridge, Il expose sa démonstration devant une assemblée de savants. L'idée de Wiles est remarquable, en passant par les courbes elliptiques, il unifie différentes branches des mathématiques pour prouver la conjecture de Fermat... Mais après plusieurs semaines, on s’aperçoit que sa preuve comporte une faille. 
Andrew Wiles 
Même si Wiles tente corriger son erreur, après ce revers, c'est le doute puis le désarroi qui l'emportent. Quand le matin du lundi 19 septembre 1994, assis à son bureau, Wiles a de façon tout à fait inattendue une incroyable révélation. Il réalise ce qui empêche sa démonstration de fonctionner et se remet alors au travail. 

En mai 1995, il publie la correction de sa démonstration qui est ensuite officiellement reconnue dans le monde scientifique. Celle-ci fait tout de même plus de 1000 pages. Fermat avait raison de dire qu’elle ne pouvait tenir dans sa marge !!!  

Il reçoit alors un prix spécial par le congrès international des mathématiciens qui attribue habituellement la médaille Fields (l’équivalent du prix Nobel en mathématiques)*, le prix Fermat en 1995 et surtout la fierté de voir la conjecture de Fermat changer de statut et de nom pour devenir le Théorème de Fermat-Wiles.
Statue de Pierre de Fermat
à Beaumont-de-Lomagne

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* Ayant dépassé l'âge de quarante ans au moment de sa découverte, il n'a pas pu être honoré de la médaille de Fields.

** La Grand’Chambre : cette salle (anciennement "salle neuve" dans le château narbonnais, détruit en 1549) est aujourd’hui la première chambre de la cour d’appel de Toulouse.
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mercredi 11 janvier 2023

Mort de "La Hire"


11 janvier 1443 - De Montauban à Montmorillon


En 1436, Étienne de Vignolles, dit " La Hire ", reçut du roi Charles VII la baronnie de Montmorillon en récompense de sa brillante carrière militaire menée en partie aux côtés de Jeanne d’Arc. On ne sait pas s’il est venu à Montmorillon, mais c’est dans cette ville qu’il se fit enterrer, après sa mort à Montauban le 11 janvier 1443.
Dessin du gisant d'Etienne de Vignolles avant la Révolution
Après une très longue carrière militaire, sillonné durant des années la France dans tous les sens, "... Pour son ultime voyage, La Hire retourne dans le pays qui l’a vu naître : l’Aquitaine. Peut-être s’y est-il rendu en l’une ou l’autre occasion, durant ses longues années de carrière, pour traiter avec les comtes de Foix, mais il n’y est certes jamais resté. Charles VII est celui qui va ramener La Hire dans le midi.

"Alors qu’ils assiégeaient Pontoise, la ville de Tartas était tombée et le cadet du sire d’Albret avait été fait prisonnier. Charles d’Albret, dès lors, s’était porté au-devant du roi pour demander son aide : les Anglais avaient convenu qu’une bataille rangée déciderait du sort de la ville de Tartas et des domaines de la maison d’Albret."

"En effet, les rois de France et d’Angleterre, à un jour donné (le 1er mai 1442), devaient présenter leurs armées respectives devant Tartas : celle qui l’emporterait sur l’autre gagnerait la ville et sécuriserait les domaines d’Albret. Charles VII entend l’affaire et décide, avec toute son armée déjà rassemblée, dont il gonfle encore les rangs, d’aller lui-même au-devant du défi. La Hire, sans surprise, accompagne le roi."

"L’armée est magnifique, elle aurait compté 32 000 hommes. Mais arrivés devant Tartas, les Anglais brillent par leur absence. Fort de son grand rassemblement militaire, Charles VII en profite néanmoins pour manœuvrer jusqu’à la fin de l’année en Guyenne et s’emparer d’une série de places fortes. Alors que ses troupes commencent à manquer de vivres, il se rabat vers Montauban en janvier 1443, et c’est là que La Hire, épuisé par toutes ses courses, passe de vie à trépas, pour le plus grand déplaisir du roi, qui voit ainsi disparaître l’un de ses plus fidèles et plus efficaces capitaines d’armée...." (Texte de Jonathan Bloch, extrait de sa thèse pour l'obtention de grade de Master - Université catholique de Louvain-la-Neuve.)

Il meurt à Montauban, d'épuisement, le 11 janvier 1443, âgé de 53 ou 63 ans. Sa femme fait rapatrier le corps à Montmorillon. Rien n'affirme qu'il s'agisse du choix du défunt. Il est probable que sa veuve ait souhaité imprimer sa présence à Montmorillon avant de revendre le viager de la seigneurie, 6.000 écus d'or.

Son corps fut placé dans le chœur de l’église Saint-Laurent-Saint-Vincent de la Maison-Dieu, sous un gisant où le baron de Montmorillon figurait en armure en partie recouverte par une courte tunique garnie de sept ceps de vigne, la tête sur un coussin, les mains jointes, un lévrier à ses pieds, symbole de fidélité.
Eglise Sain-Laurent-Saint-Vincent de la Maison-Dieu
à Montmorillon
En 1562, la Maison-Dieu est mise à sac par les protestants et le gisant est mutilé. Ironie de l’histoire, les soldats venaient d’Orléans, ville que La Hire avait contribué à sauver en 1429. Puis, vers 1640, le gisant est déplacé par les moines Augustins dans une niche à gauche au milieu de l’église, au motif qu’il gêne les offices religieux. Il y était encore visible en 1649, date à laquelle Charles Demaillasson rapporte dans ses mémoires l’inhumation de François Ladmirault, ancêtre du général, "dans le milieu de l’église, vis-à-vis d’un mausolée qui est dans la muraille".

Les Révolutionnaires l'ont détaché pour en faire Lepeletier de Saint-Fargeau (Révolutionnaire proche de Robespierre, assassiné en 1793.). Les Thermidoriens (Opposés à Robespierre) ont mis fin au processus. Le gisant brisé se trouverait dans les fondations des maisons du quartier.

En 1839, une pierre tombale commémorative gravée fut installée aux frais de l’État, en présence du sous-préfet et du maire, dans l’entrée de l’église à droite. Mais elle fut ensuite reléguée sous l’escalier du clocher, jusqu’à ce qu’en 1893, cet emplacement ayant été jugé inconvenant, on la fît revenir le long du mur à gauche à proximité de l’entrée où elle n’est plus guère mise en valeur à l’heure actuelle.
Pierre tombale du Chevalier La Hire,
dans la chapelle du Petit Séminaire à Montmorillon

Qui était vraiment Etienne de Vignolles dit "La Hire" ?

Il est né vers 1390, en un lieu encore discuté, mais situé dans le Landes, soit Hinx, soit Préhacq. Son vrai nom est Etienne de Vignolles. Son surnom de La Hire n'est pas expliqué. Il était courant que les hommes d'armes portent un surnom qui pouvait provenir d'une caractéristique physique, d'un défaut caractéristique ou d'un nom de lieu. L'explication la plus répandue est que La Hire vient du caractère coléreux (l'ire en ancien français) d'E. de Vignolles, mais on peut supposer aussi une référence à son origine géographique : Hinx, ou deux localité située près de Vignolles : la Hite ou Larehille. 

Sans qu'on sache trop de choses sur son parcours de jeunesse, on peut noter que les lieux de ses premiers exploits se situent dans les territoires ayant appartenu au duc Louis d'Orléans : Coucy, le Luxembourg. On peut supposer qu'il y est venu dans les bagages du comte d'Armagnac, beau-père et commandant des troupes du duc Charles d'Orléans. C'est en 1418 qu'on le trouve mentionné pour la première fois : il tient garnison à Coucy en compagnie de Pierre de Xaintrailles. Lors de la reprise de Coucy par les Bourguignons, Pierre de Xaintrailles se fit tuer. Dès lors on voit souvent La Hire opérer en compagnie de Jean Poton de Xaintrailles, frère du défunt. La prise de Coucy fut assez rocambolesque : une servante du château s'était éprise d'un des prisonniers, pour le libérer, elle avertit les Bourguignons de se tenir prêts, déroba les clés de la ville que la Hire gardait dans sa chambre, en profitant de son sommeil, et ouvrit les portes. Averti par le bruit de l'assaut, La Hire tenta de repousser les assaillants en contre-attaquant presque seul, mais, forcé de battre en retraite, il fit égorger ses prisonniers. 

En 1419 il s'empare de Crépy, du Crotoy, mais il en est chassé par Philippe le Bon en janvier 1420. Il opère alors plus à l'est, et ravage la Lorraine : il y était venu avec le capitaine Jean Raoulet pour soutenir René d'Anjou, héritier du duc Charles de Lorraine, attaqué par le duc de Bourgogne (c'est le moment, semble-t-il, où la famille de Jeanne se replie sur Neufchâteau). 

Mais en 1422 Charles de Lorraine change d'alliance et se rallie au duc de Bourgogne et au roi d'Angleterre, La Hire et Raoulet brûlent alors 18 villages à une soixantaine de kilomètres de Domremy. A Sermaize, le mari de la cousine germaine de Jeanne d'Arc est raflé par les Bourguignons pour combler les douves d’une place forte prise par les Français. Il est tué d'un coup de couleuvrine par un homme de La Hire. Ce dernier est ensuite repoussé à Saint-Dizier. Il opère alors à partir de Compiègne. Capturé, il paye rançon. 

En 1423, il attaque Châlons-sur-Marne. 

En 1424, il évacue Vitry-le-François, ravage les marches du Luxembourg (Longwy, Flassigny, Verdun, Sedan). Puis se retire en direction du Maine. En 1426 il est nommé écuyer d'écurie de Charles VII, c'est à dire qu'il est désormais recruté à titre permanent comme subordonné des maréchaux de France, eux-mêmes adjoints au connétable. 

Il est mentionné en 1427 à la "rescousse de Montargis" : il y assure la reconnaissance des forces anglaises pour le compte du Bâtard d'Orléans avec 60 lances, dont le sgr de Graville, Brangonnet d'Arpajon, Saulton de Mercadieu. Avant l'assaut, il avise un chapelain à qui il demande de lui donner l'absolution en vitesse, car il n'a pas de temps à perdre, et en guise de confession lui dit qu'il a fait "ce que les gens de guerre ont accoutumé à faire", ce qui n'est pas peu dire. 

En manière de prière, La Hire dit alors : 
"Dieu, je te prie que tu fasses aujourd'hui pour La Hire autant que tu voudrais que La Hire fit pour toi, s'il était Dieu et que tu fusses La Hire". 

L'attaque, vigoureusement menée, est une victoire, dont le mérite est attribué à La Hire. Au cours du combat, Saulton de Mercadieu fut frappé d'une lance qui lui traversa la bouche. Il la retira lui-même et poursuit la lutte. 

En 1428, avec d'autres capitaines : Beaumanoir, d'Orval, de Bueil, Roberton des Croix, La Hire attaque et prend Le Mans, mais en est chassé par Talbot. Il arrive à Orléans le lundi qui suit la prise des Tourelles par les Anglais, soit le 25 octobre. Il participe à la Bataille des Harengs. 

En 1429 il est présent lors de l'arrivée de Jeanne, commande la seconde armée de secours entre Blois et Orléans, et lors de la levée du siège, passant outre les désirs de Jeanne, il poursuit les Anglais en retraite jusqu'à Beaugency, les obligeant à abandonner leurs prisonniers et leur artillerie. Le 18 juin, à Patay, il commande l'avant-garde avec Xaintrailles et Boussac, où ils bousculent, avec 180 hommes, toute l'armée anglaise forte de 3.000 à 4.000 combattants. Puis il participe à toute la campagne du sacre. 

En 1431, il s'empare de Louviers, à quelques kilomètres de Rouen, et y reste pendant toute la durée du procès de Jeanne. Il est possible qu'il ait mis sur pieds à ce moment-là un plan d'attaque du château de Rouen, car en 1432 un certain Ricarville réussit effectivement à s'emparer du château du Bouvreuil, mais ne réussit pas à en ressortir. Au lendemain de la mort de Jeanne d'Arc, les Anglais battent La Hire à la bataille du Berger, ainsi appelée parce qu'un berger, remplaçant de Jeanne d'Arc, y fut pris et noyé par les Anglais. La Hire fut envoyé en prison à Dourdan, dont il s'évada quelque temps plus tard, peut-être avec la complicité même de son geôlier, Jean de Mazis. 

De 1433 à 1435 il fut nommé capitaine de Beauvais, et en 1435, à Gerberoy, il coince et défait en bataille rangée le comte d'Arundel, qui mourra peu après de ses blessures. Fait seigneur de Montmorillon en janvier 1436, il épouse Marguerite de Droisy, dont il n'aura pas d'enfant. 

Il meurt le 11 janvier 1443 à Montauban,

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Au XVIIe siècle, La Hire devient le nom donné au valet de cœur dans les jeux de cartes.
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jeudi 5 janvier 2023

L'attentat de Damiens

 

5 janvier 1757 – Le roi est poignardé

Depuis Ravaillac, en 1610, aucun individu n’avait osé attenter à la personne sacrée du Roi. En 1757, alors que Louis XV sort du Château, un homme se précipite et lui porte un coup au flanc. Il s’appelle Robert-François Damiens.

L'attaque de Damiens alors que Louis XV
monte dans son carrosse
En ce 5 janvier 1757, alors que la cour est au Grand Trianon, plus facile à chauffer que Versailles, Louis XV rend visite à sa fille Victoire, alitée au Château de Versailles. Un carrosse attend le roi Louis XV dans le passage couvert qui va de la cour royale au parterre nord.

Vers 18h00, le souverain descend son escalier intérieur et traverse la salle des gardes du corps. Il est accompagné du Dauphin, du capitaine des Gardes du roi, des Grand et Petit écuyers et du colonel des Gardes suisses. Il fait nuit. Au sortir de la pièce, éclairée par des torches, alors qu’il s’apprête à monter dans son carrosse, le roi est assailli par un individu, qui ayant fendu la haie des gardes, le frappe violemment. L’agresseur est rapidement maîtrisé et remis au capitaine des gardes. C’est alors que Louis XV crie "Qu'on l'arrête et qu'on ne le tue pas !".

Portant la main au côté droit, le roi pense qu’on lui a donné un coup de coude ou de poing, selon les sources. Mais sa main est ensanglantée. Le un canif à lame de 8 cm a pénétré entre la 4e et 5e côte. Le premier chirurgien, La Martinière, sonde la blessure mais celle-ci se révèle heureusement superficielle. Les nombreuses couches de vêtement, nécessaires à cause de l'hiver, ont amorti la plus grande force du coup, et aucun organe vital n’est touché.

On transporte Louis XV dans sa chambre. Il saigne abondamment. Choqué, il finit par s’évanouir. Revenu à lui, il croit qu’il va mourir. Il réclame un prêtre, confie le royaume au Dauphin et demande pardon à la reine des peines qu’il lui a infligées.

Portrait (supposé) de Robert-François Damiens
Le coupable est un domestique originaire d'Arras. Robert-François Damiens a 42 ans et a servi plusieurs conseillers au Parlement, très critiques envers le roi et la marquise de Pompadour. Ces critiques régulières sont montées à la tête de Damiens, au caractère influençable et exalté.

Arrêté, celui-ci est soumis au supplice. On veut savoir s’il a des complices. Il ne dit rien. Il dénonce quelques parlementaires comme complices, puis se rétracte. Il dit seulement : "Si je n’étais jamais entré dans les salles du palais, et que je n’eusse servi que des gens d’épée, je ne serais pas ici.".

Le Parlement, ne voulant pas être mis en cause, exige un procès, et Louis XV, qui avait accordé son pardon au laquais, accepte finalement qu’il soit jugé. Transporté à la Conciergerie, comme Ravaillac, son procès a lieu du 12 février au 26 mars. Lors de son procès il justifie ainsi son geste : "Je n’ai pas eu l’intention de tuer le roi, je l’aurais tué si j’avais voulu. Je ne l’ai fait que pour que Dieu pût toucher le roi et le porter à remettre toutes choses en place et la tranquillité dans ses États ". 

Une fois la sentence prononcée, lors du procès, Damiens aurait eu cette phrase laconique, restée célèbre "la journée sera rude".

Gravure du supplice de Damiens,
le 28 mars 1757 en place de Grève
Damiens s’est rendu coupable du crime suprême : celui de "parricide commis sur la personne du roi" et donc de lèse-majesté, il est condamné au châtiment des régicides. Le 28 Mars, il est conduit, nu, à la Place de Grève, puis, sur un échafaud, il est tenaillé aux mamelles, bras, jambes, sa main droite tenant le couteau parricide, brûlée au feu de soufre. Sur les endroits où il est tenaillé, on jette du plomb fondu, de l'huile bouillante, de la poix résine brûlante. Ensuite, c’est l’écartèlement, son corps tiré et démembré par quatre chevaux… puis c’est le bucher, son corps est brûlé et les cendres jetées dans la Seine.

Depuis le début, le roi sait qu’il s’agit d’un acte isolé. Quoique remis de sa blessure au bout de huit jours, il est toujours commotionné. L’attentat a laissé des séquelles. Devant l’émoi général, Louis XV entend changer d’attitude. Il veut regagner la confiance de ses sujets, renoncer à ses maîtresses et préparer le Dauphin à sa succession. Sages décisions... qui ne dureront qu’un temps : Mme de Pompadour, un temps inquiétée, reprend bien vite sa place et règnera sur l’esprit du roi jusqu’à sa mort en 1764. Louis XV lui survit dix ans, aussi mal aimé qu’il fut le "Bien-Aimé"… 

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Qui était Robert-François Damiens ? 

Robert-François Damiens est né le 9 janvier 1715 rue d’Allongeville (actuelle rue du Calvaire) à La Thieuloye (Pas-de-Calais), qui était alors un hameau de Monchy-Breton. Son père Pierre-Joseph Damiens, simple ménager, épouse Marie-Catherine Guillemant en 1710. 

À cette époque, l’Artois est traversé par les guerres, la famine et une épidémie de peste qui fait des ravages. Sa famille est pauvre et Voltaire décrira Damiens comme "un gueux du pays de l’Atrébatie"*. 

Robert-François est le troisième des dix enfants du couple. Sa mère meurt en couches en 1729 laissant six enfants vivants. 

Robert-François est placé chez un grand-oncle maternel cabaretier et marchand de grain à Béthune. Là, il apprend à lire et à écrire. 

À seize ans, il est placé en apprentissage comme garçon de cuisine à l’abbaye Saint-Vaast. Plus tard, il entre comme valet de réfectoire au collège jésuite Louis-le-Grand à Paris. 

C’est dans cette ville qu’il épouse en 1739 Élisabeth Molerienne, domestique elle aussi. Ensemble ils ont deux enfants, dont un fils qui meurt en bas âge. 

Damiens multiplie alors les emplois de domestique et côtoie les milieux privilégiés et les magistrats parisiens. Valet chez certains conseillers du Parlement de Paris, il entend récriminations et critiques parfois virulentes contre le roi. 

En 1756, sous le pseudonyme de Flamand, il commet un vol chez l’un de ses maîtres. Le vol domestique est alors passible de la peine de mort par pendaison. 

Damiens fuit en Artois où il retrouve sa famille qui vit dans le dénuement. La situation en Artois au cours de cet hiver 1756-1757 est difficile. Le prix du blé s’est envolé et le peuple est misérable. 

Il revient à Paris en janvier 1757 et conçoit le dessein de "toucher" le roi, pour attirer son attention et lui faire entendre la voix du peuple méprisé. 

Le 5 janvier, Louis XV se rend à Versailles : Damiens se fraye un chemin jusqu’au roi qui rejoint son carrosse, … 


Sources : Château de Versailles, Archives du Pas-de-Calais

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* Atrébatie : ancienne communauté de communes française, située dans le département du Pas-de-Calais et de la région Nord-Pas-de-Calais, arrondissement d’Arras, devenue communauté de communes des Campagnes de l’Artois depuis le 1er janvier 2017. 

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mercredi 4 janvier 2023

Albert Camus (1913-1960)

 

4 janvier 1960 – Camus n’est plus !

Le 4 janvier 1960, le monde des lettres apprenait, consterné, la mort brutale dans un accident de la route de l'écrivain Albert Camus (46 ans) qui avait théorisé l'absurdité de la condition humaine et combattait aussi l'absurdité d'un conflit cruel qui ravageait sa terre natale, l'Algérie...

Albert Camus (1913-1960),
décédé le 4 janvier 1960, mais toujours actuel
Nous sommes le lundi 4 janvier 1960. Albert Camus rentre à Paris dans la voiture de Michel Gallimard, en compagnie de la femme et de la fille de ce dernier. Il vient de passer les fêtes de fin d'année en famille dans sa propriété de Lourmarin, dans le Vaucluse. Initialement, l'auteur de L'Étranger a prévu de rentrer en train, mais son éditeur lui propose d'effectuer le voyage dans sa voiture. Voyage qui leur sera fatal, à tous les deux.

Il est 14 h 15. La voiture de Michel Gallimard fait une brusque embardée sur la route à la hauteur de Villeblevin, dans le nord de l'Yonne. Le véhicule s'écrase contre un platane. L'écrivain, qui occupe le siège avant-droit, est tué sur le coup. Son corps est transporté à la mairie de Villeblevin avant d'être enterré, deux jours plus tard, à Lourmarin. Michel Gallimard, sa femme et sa fille, éjectés de la voiture, sont transportés à l'hôpital de Montereau, où l'éditeur décède cinq jours plus tard des suites de ses blessures. 

La piste d'un accident dû à la vitesse est privilégiée. Albert Camus et la famille Gallimard s'étaient arrêtés le midi à Sens, pour se restaurer, dans un l'hôtel-restaurant de la ville, et l'hypothèse de la somnolence semble peu plausible. À l'époque, les gendarmes retiennent l'éclatement du pneu arrière gauche de la voiture et une vitesse excessive (estimée à près de 150 km/h, ce qui est énorme pour l’époque !) comme explication. 

La mort du Prix Nobel de littérature 1957 provoque un choc dans le monde littéraire et bien au-delà. 

"C’est une des plus grandes pertes qui pouvait atteindre les lettres françaises en ce moment. Les lettres françaises mais il faudrait dire : la France. Toute une génération a pris conscience d’elle-même et de ses problèmes à travers Camus. Le prix Nobel avait été donné au jeune maître de la jeune élite européenne. Et c’est toute la jeunesse qui le pleure en ce moment". François Mauriac dans les colonnes de La Dépêche. 

On retrouve dans la voiture, après l'accident, au fond d’une sacoche, les feuillets d'un manuscrit qui deviendront le roman inachevé Le Premier Homme... ainsi qu'un billet de train. 

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Albert Camus naît le 7 novembre 1913 dans un village à plus de 400 km d'Alger. Il est le fils de Lucien Camus, ouvrier agricole mort pendant la Grande Guerre, et de Catherine Sintes, jeune servante d'origine espagnole. Son éducation est confiée à sa mère et sa grand-mère. 

Camus fréquente l'école communale jusqu'en 1924. Cette période est marquée par l'influence de son instituteur de l'époque, Louis Germain qui le remarque pour ses dispositions exceptionnelles. 

En 1924, Albert rejoint le lycée Bugeaud à Alger, en khâgne. Boursier, il découvre la philosophie et s'inspire de son professeur et ami Jean Grenier. Après avoir obtenu son baccalauréat en 1930, Camus étudie la philosophie. Mais sa santé est très fragile, en raison d'une tuberculose qui l'oblige à de fréquentes cures de repos. Il doit renoncer à devenir professeur. 

En 1932, les premiers écrits de Camus sont publiés dans Sud. 

En 1934, à 21 ans, il entre au Parti communiste mais son engagement tourne court : il en veut à ses "camarades" de persister à soutenir le colonialisme (le Parti tournera casaque après la guerre) ! trois ans plus tard il rompt ses liens avec le parti communiste. 

Le jeune homme tâte du journalisme à L'Alger républicain et commence à écrire. 

Il épouse Simone Hié, dont il se sépare deux ans plus tard. 

L'année suivante, il crée le Théâtre du Travail. 

Quand arrive la guerre, en 1939, Albert Camus, réformé à cause de sa maladie, retourne chez sa mère où il termine une pièce de théâtre, Caligula. Il n'a que 27 ans, pas de relations, pas de diplôme mais déjà une vision très précise de son avenir, avec en projet un roman, L'étranger, et un essai philosophique sur l'absurdité de la condition humaine : Le mythe de Sisyphe

En 1940, il épouse Francine Faure et s'installe à Paris, où il travaille pour Paris-Soir. 
Francine Faure et Albert Camus en décembre 1940
Deux ans plus tard sont publiés L'Etranger et Le Mythe de Sisyphe. Les critiques applaudissent son œuvre, et la renommée d'Albert Camus grandit encore un peu plus. Il rencontre Jean-Paul Sartre, puis obtient un poste à Combat, qui est alors diffusé clandestinement. 

Pendant la guerre, Albert Camus se montre particulièrement engagé. Ses prises de position et ses articles lui confèrent le statut d'intellectuel majeur. Mais même après le conflit, il ne cessera pas de dénoncer certaines injustices, comme les actions de justice sommaire et les dérives en temps de paix. Il est même le seul intellectuel occidental de son époque à avoir dénoncé l'usage de la bombe atomique. 

En 1951 paraît un essai, L'homme révolté, qui explique sa vision de la lutte sociale et politique. Puis la guerre d'Algérie le déchire dans le plus profond de lui, il se retire silencieusement. 

La Chute est publiée en 1956 : cette œuvre exprime tout le scepticisme et la noirceur de son auteur. 

En 1957, Albert Camus obtient le Prix Nobel de littérature "pour l'ensemble d'une œuvre qui met en lumière, avec un sérieux pénétrant, les problèmes qui se posent de nos jours à la conscience des hommes". 

Le 4 janvier 1960 c’est l’accident. Il travaillait sur Le Premier Homme, roman autobiographique inachevé qui sera publié en 1994 par sa fille Catherine. 
4 janvier 1960, c'est l'accident !
Célèbre pour son écriture, mais aussi pour son engagement et son humanisme, l'écrivain n'a cessé de s'interroger sur la condition humaine, tout en se faisant entendre lorsqu'une cause le révoltait. 

Son œuvre touche à de nombreux genres littéraires, romans, essais, adaptations théâtrales, correspondances... On peut citer (entre autres) les quelques ouvrages suivants : L'Envers et l'Endroit (1937), essai, Le Mythe de Sisyphe (1942) essai sur l'absurde, L'Étranger (1942), roman, Caligula (pièce de théâtre), La Peste (1947), Les Justes (1949), L'Homme révolté (1951), La Chute (1956), Chroniques algériennes, Actuelles III, 1939-1958, Le Premier Homme... 

Sources : La Dépêche, L'Yonne républicaine, L’internaute.

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samedi 31 décembre 2022

Quatrième bataille de Machecoul

 

31 décembre 1793 - Naudy contre Charette


Nous sommes en 1793, à Machecoul, en pleine guerre de Vendée. C’est la quatrième fois cette année que la ville est le théâtre de faits sanglants. Le 10 mars à l'entrée du bourg, la foule armée de fourches fait face aux gendarmes et aux gardes nationaux, c’est le «massacre». Le 22 avril ce sont les républicains (les bleus) qui s'emparent de la ville, et le 10 juin, les Vendéens reprennent possession de leur ville.
François Athanase de Charette de La Contrie
(1763-fusillé en 1796)
Huile sur toile de Paulin Guérin  (1819)
Musée de Chomet

Prélude
Le 31 décembre de cet an de grâce 1793, de retour de son expédition dans l'Anjou, Charrette (François Athanase Charrette de La Contrie, 1763-fusillé en 1796) se doute que les républicains ont profité de son absence pour planifier l'attaque de l'île de Noirmoutier. Il se porte d'abord au bourg de La Ferrière, où il envisage d'attaquer La Roche-sur-Yon, mais renonce. Il traverse alors la commune Le Poiré, puis déloge un bataillon en garnison au Pont-James, à Saint-Colombin, après un petit combat où les républicains ne perdent que trois ou quatre hommes. Le 31 décembre, Charette attaque Machecoul.
Carte de la Vendée (Bas Poitou et Pays de Retz)
Forces en présence
Au matin, la ville est encore occupée par la troupe de l'adjudant-général François Carpantier (1751-1813), mais celle-ci se porte sur Challans sur ordre du général suisse Jacques Dutruy (1762-1836).

Seuls 200 à 300 hommes du 3e bataillon de volontaires d'Ille-et-Vilaine commandés par le capitaine Naudy sont laissés à Machecoul.

L'estimation des forces vendéennes commandées par Charrette varie selon les sources. Le royaliste Urbain-René-Thomas Le Bouvier-Desmortiers (1739-1827 - homme de lettre, premier biographe de Charrette) donne 1100 hommes. L'historien Lionel Dumarcet évoque plutôt 6000 à 7000 combattants. Les mémoires anonymes d'un administrateur militaire font état de 8000 hommes. 

Déroulement
Peu sur leurs gardes, les républicains sont complètement écrasés. D'après l'administrateur militaire, les Vendéens lancent l'attaque à 4 heures de l'après-midi avec deux colonnes : l'une menée par Charrette au sud-est par la route de Legé, l'autre menée par Jean-Baptiste de Couëtus (1743-1796), bras droit de Charrette, et Hyacinthe Hervouët de La Robrie (1771-1832) au nord par la route de Nantes du côté de Saint-Même-le-Tenu. Les troupes de Charette surprennent les sentinelles, puis franchissent le pont près du château (Château de Gilles de Rais) et entrent à l'intérieur de la ville.
Le Château de Marchecoul,
gravure de Thomas Drake, vers 1850
Totalement surpris, les républicains prennent la fuite et se rallient hors de la ville, aux Moulins. Un nouveau combat s'engage mais les patriotes doivent céder au nombre. La colonne de Jean-Baptiste de Couëtus échoue à leur couper la retraite et les rescapés s'enfuient en direction du nord-ouest, vers Sainte-Pazanne et Bourgneuf-en-Retz. D'après Jean-Julien Savary, le général Michel Beaupuy (1755-1796) rallie une partie des fuyards en déroute. 

Pertes
Les pertes républicaines sont de 80 hommes selon l'administrateur militaire. Après avoir repris la ville le 2 janvier, l'adjudant-général François Carpantier fait état dans son rapport au général Jacques Dutruy, de plus de cent morts et d'un canon perdu pour le combat du 31 décembre. Urbain-René-Thomas Le Bouvier-Desmortiers donne quant à lui un bilan de 739 morts. Dans ses mémoires, l'officier vendéen Pierre-Suzanne Lucas de La Championnière (1769-1828) écrit que "Le surlendemain M. Charette attaqua Machecoul : il n'y était pas attendu et les républicains étaient peu sur leurs gardes. Un de leurs officiers disait à une femme de l'endroit : je désirerais bien voir Charette ; le voilà s'écria cette femme ; en effet, l'armée Vendéenne entrait dans Machecoul, sans qu'on s'aperçut de son arrivée. Néanmoins la résistance fut vigoureuse au dehors de la ville, mais il fallut céder au nombre ; l'ennemi abandonna une pièce de canon et s'étant jeté de droite et de gauche dans sa fuite, il fut massacré de toute part.".


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Petite histoire : il existe une chanson écrite et composée par Paul Féval en 1853 à la gloire de François-Athanase Charette de La Contrie, général de l'Armée catholique et royale du Bas-Poitou et du Pays de Retz intitulée Monsieur de Charrette, également connue sous le nom de Prends ton fusil Grégoire.
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vendredi 30 décembre 2022

Assassinat du "starets"*

 

29-30 décembre 1916 - Meurtre au Palais Ioussoupov, à Petrograd


Selon le calendrier grégorien, c'est dans la nuit du 29 au 30 décembre 1916, à Petrograd (Saint-Pétersbourg) que meurt Gregori Iefimovitch (44 ans), plus connu sous le nom de Raspoutine ("le débauché" en russe).

Il a été guérisseur, bête de sexe, gourou, conseiller occulte. Puis il a été assassiné.
Grégori Iefimovitch dit Raspoutine vers 1916.
" ...Cela se passe le vendredi 29 décembre (16 décembre dans le calendrier russe) 1916, vers dix heures du soir, dans le joli petit hôtel du prince Youssoupov. Cinq hommes et une femme sont réunis dans le salon du premier étage. Il y a là le maître de la maison, prince Youssoupov, le grand-duc Dimitri Pavlovitch, le député d'extrême droite Pourichkevitch, le frère du chevalier-garde Sergueï Soukhotine et la célèbre danseuse C…, maîtresse de l'un de ces personnages, arrivée le matin même de Moscou.

- Crois-tu qu'Il viendra? demande le grand-duc Dimitri au prince Youssoupov. 
- J'en suis à peu près certain. J'ai promis à l'infâme de lui faire passer une nuit d'orgie incomparable; il n'est pas homme à résister à cela. 
- Tant, mieux! s'exclame le député Pourichkevitch. Pour l'honneur de notre Tsar et pour l'avenir de notre sainte Russie, il faut que ce misérable disparaisse. 
- Si nous n'y mettions bon ordre, il nous jetterait bientôt dans les bras de l'Allemagne ou nous ferait tous exiler, l'Impératrice ne voit que par ses yeux, et le petit père le Tsar a si peu de volonté… 

L'hôtel du prince Youssoupov, entouré d'un grand jardin, s'étend de la Moskaïa à l'Offitzerskaïa. C'est dans la Moskaïa que donne l'entrée principale, mais il y a, sur l'Offitzerskaïa, un portail de sortie, plus particulièrement réservé aux visites secrètes et aux domestiques à côté d'un petit pavillon où la famille Youssoupov fait vendre le vin célèbre de ses grands vignobles de Crimée. C'est par ce dernier chemin que Raspoutine doit arriver. Il a insisté en effet pour que sa visite à Youssoupov passât inaperçue. Il se sait surveillé, en butte à toutes les critiques, héros des histoires les plus scandaleuses, et il ne veut pas prêter une fois de plus le flanc à la malignité de ses ennemis.
Le Prince Youssoupov et son épouse en 1921.
Onze heures du soir. Raspoutine est en retard. Les conjurés s'inquiètent. Dans le salon où ils se trouvent, l'obscurité est complète. Il ne faut pas, en effet, que le moine ait le moindre soupçon. S'il apercevait de la lumière à travers les rideaux des grandes fenêtres du premier, il se refuserait certainement à pénétrer dans l'hôtel, car c'est Youssoupov seul "et une dame qui ne doit arriver qu'à minuit" que Raspoutine doit venir voir dans le plus profond mystère. 

Onze heures vingt! Devant la porte de l'Offitzerskaïa, une automobile s'est arrêtée. Un homme en descend, vêtu d'une grande pelisse de renard bleu. Il sonne. Précipitamment, le prince Youssoupov descend ouvrir, car tout le domestique a reçu congé ce soir. 

- Entre et n'aie pas peur. Nous sommes seuls… 

Dans le vestibule, de l'hôtel, Raspoutine quitte ses galoches. (Il faut noter que nous sommes en plein mois de décembre et qu'une neige épaisse couvre le sol). 

- Où me conduis-tu? demande-t-il à son hôte. 
- Nous irons dans la salle à manger. C'est encore là où nous aurons le plus de chance d'être tranquille, répond le prince Youssoupov. Et puis, j'ai fait préparer quelques bonnes bouteilles de chez nous qui nous aideront à attendre la princesse. 

Pour accéder à la salle à manger qui se trouve au rez-de-chaussée, il faut descendre trois marches. Sur la table, deux bouteilles de vin rouge. L'une, décantée, renferme une forte dose de cyanure de potassium; la même aimable composition est entrée dans la confection des gâteaux secs, dorés et appétissants, que contient un plat d'argent. Le poison semble infaillible: il a été essayé, en effet, il y a deux heures à peine, sur le magnifique chien-loup de Pourichkevitch; la pauvre bête est tombée foudroyée et son cadavre est encore dans le jardin au pied d'un arbre. 

- Veux tu boire, beau moine? invite le prince Youssoupov dans un sourire, en tendant la bouteille décantée. 

Raspoutine a une courte hésitation, puis, négligemment:

- Non merci, répond-il, je n'ai vraiment pas soif. 

Les deux hommes se mettent à parler spiritisme, car c'est la marotte de Raspoutine que de se faire passer pour un homme surnaturel qui entretient avec les esprits commerce quotidien. Cependant, à force de converser, c'est Youssoupov qui commence à avoir soif. Il se saisit de l'une des bouteilles, l'inoffensive s'entend, se verse une rasade et, d'un trait, vide son verre. 

- Donne m'en tout de même un peu! dit alors Raspoutine. 

La conversation reprend. Le moine, qui a pris goût au vin, ne tarde pas à finir la bouteille. Entre temps, distraitement, il a goûté aux gâteaux secs et, les trouvant sans doute excellents, fait largement honneur à la pâtisserie Youssoupov. Mais il faut boire, avec les gâteaux secs. Dans le feu de l'entretien, Raspoutine oublie toute prudence et c'est lui-même qui, d'un geste décidé, prend la bouteille empoisonnée et se sert. 
Raspoutine continue à manger sans que le cyanure paraisse l'incommoder le-moins du monde! 

En face de lui, son hôte, pâle, haletant, le regarde. Pour celui qui a accumulé tant d'infamies, tant de crimes, l'heure de l'expiation a-t-elle enfin sonné?... Mais non! Raspoutine continue à manger sans que le cyanure paraisse l'incommoder le-moins du monde! Alors, Youssoupov est pris d'une violente terreur. Le mysticisme qui sommeille dans toute âme slave prend corps peu à peu. N'est-il pas vraiment surnaturel, celui qui peut impunément absorber le plus redoutable des poisons? Est-ce que Dieu, vraiment, te protégerait? Et, sur un prétexte quelconque, le prince laisse son hôte un instant et, quatre à quatre, monte l'escalier qui conduit au salon. 

- Il ne veut pas mourir! chuchote-t-il, angoissé. 
- Tu plaisantes, raille un des conjurés. Prends ce revolver et sache t'en servir; tu verras si Raspoutine se moque du plomb aussi impunément que du cyanure! 

Youssoupov a repris courage. Il saisit le revolver de la main gauche, le dissimule derrière son dos, redescend, ouvre de la main droite la porte de la salle à manger et aperçoit, le moine qui, très agité, le visage couvert de transpiration, va et vient dans la pièce en poussant des grognements sinistres et en émettant des hoquets formidables. 

- Qu'as-tu donc? 
- Je me sens très mal, répond Raspoutine, le sourcil froncé. Ton vin est agréable à boire, mais il punit ma gourmandise. 
- Ne t'inquiète pas. C'est un malaise passager. N'y pense plus et viens plutôt regarder ce magnifique objet d'art, qui te plaira. 

Ce disant, de sa main droite restée libre, Youssoupov montre, un admirable christ d'ivoire sur une console. Raspoutine s'approche. Le rustre affecte de s'y connaître en belles choses. Il a chez lui de splendides icones, dons de grandes dames, ses amies. Les deux hommes, côte à côte, examinent le chef-d'œuvre. Cependant, le prince, tout en se penchant, a pu faire passer son revolver de la main gauche dans la main droite, puis, sans attirer l'attention de Raspoutine, dirige l'arme en plein contre le cœur du "corrompu". Il tire deux fois. Raspoutine s'abat comme une masse. Le meurtrier le tâte, constate qu'il ne porte sur lui aucune arme et court retrouver ses amis. 

- Cette fois, il est bien mort 

On le félicite, on se félicite. Le grand-duc Dimitri offre d'aller chez lui - il habite tout près de là- chercher son automobile. Elle emportera le cadavre vers la Neva, où les conjurés sont convenus de le précipiter.
Dimitri Pavlovich vers 1910.
Dimitri est parti. Sur le palier du premier étage, Youssoupov, Pourichkevitch, le frère du chevalier-garde Sergueï Soukhotine et la danseuse G… se réjouissent sans remords, fiers de cette libération qui va régénérer la Russie, lorsque, brusquement, un pas lourd retentit au rez-de-chaussée. 

- On marche en bas! s'écrie Pourichkevitch. 

Un spectacle horrible s'offre à ses yeux: couvert de sang, d'une pâleur cadavérique, le moine a gravi les trois marches.
 
Il se penche sur la rampe. Là, dans le vestibule du rez-de-chaussée, un spectacle horrible s'offre à ses yeux: couvert de sang, d'une pâleur cadavérique, le moine a gravi les trois marches, enfonce péniblement les pieds dans ses galoches, s'agrippe à la porte d'entrée, réussit à l'ouvrir et sort dans le jardin.

Pourichkevitch a gardé tout son sang-froid. Tirant son revolver, il se lance à la poursuite de la victime récalcitrante, cependant que Youssoupov décroche à une panoplie une formidable massue. 
Raspoutine se hâte, autant que ses forces le lui permettent, vers le portail qui donne sur l'Offitzerskaïa. Des gouttes de sang, sur la neige du jardin, marquent son passage. Il va atteindre la grille, il l'atteint. À ce moment, trois balles du revolver de Pourichkevitch l'étendent à nouveau sur le sol, et la massue de Youssoupov lui martèle horriblement le crâne. Le front se tuméfie; un œil a sauté de l'orbite. Cette fois, c'est bien la fin.
Vladimir Pourchkevich vers 1920.
Mais des policiers - le moine ne les avait-il pas lui-même prévenus et invités à demeurer proches? - ont entendu les derniers coups de feu. Ils se présentent à la grille, exigent qu'on leur ouvre. Ils aperçoivent le cadavre, et reculent, épouvantés, en reconnaissant Raspoutine.

- Cet homme a été tué par moi, leur déclare Pourichkevitch, d'une voix calme. Ce n'est pas un crime que j'ai commis, c'est un châtiment que j'ai infligé à un ennemi de la patrie. Voici ma carte, je suis membre de la Douma.

Les policiers se retirent précipitamment, soit qu'ils aient hâte d'aller faire leur rapport à leurs supérieurs, soit que la qualité des meurtriers leur inspire une certaine prudence, soit aussi que les affole l'identité de la victime.

Cinq minutes s'écoulent. Le grand-duc Dimitri Pavlovitch revient. Son automobile est conduite par le docteur Stanislas Stanislawovitch Lazovert ami personnel de Pourichkevitch, qu'il a trouvé précisément chez lui et qui a accepté avec joie sa place dans la conjuration.

Le grand-duc a amené également une de ses ordonnances, le soldat Ivan F… , qui lui est aveuglément dévoué.

On hisse le cadavre dans la voiture où tout le monde prend place. Il est deux heures du matin. Les passants vont croire à quelque promenade de joyeux noctambules. À toute allure, le chauffeur-médecin se dirige vers le pont Potrowsky. Là, entre la deuxième et la troisième arche, on s'arrête. Le corps de Raspoutine est tiré de la voiture par le docteur Stanislas Lazovert. et le soldat Ivan F… l'un le tenant par les jambes et l'autre par les épaules. D'un effort, les deux hommes soulèvent Raspoutine, l'appuient contre la balustrade, mais, ô surprise, le moine a encore un dernier sursaut de vie et sa main droite, désespérément, s'accroche à l'épaulette du soldat et trouve assez de vigueur pour la lui arracher. Une dernière poussée. Le corps projeté va s'écraser contre un pilier puis, rebondissant, tombe sur un glaçon de la Neva, hésite, se débat encore, bascule enfin sombre dans les flots.

Justice est faite! ..."

Extrait d’un article paru dans Le Figaro du 8 août 1917. Par Charles Omessa. 

***

Le cadavre est retrouvé le 30 décembre 1916 au petit matin. Gelé et recouvert d’une épaisse couche de glace entourant le manteau de castor, le cadavre est remonté à la surface de la Neva au niveau du pont Petrovsky.
 
Raspoutine est inhumé le 3 janvier 1917 (22 décembre du calendrier russe) dans une chapelle en construction, près du palais de Tsarskoïe Selo.

Au soir du 22 mars, sur ordre du nouveau Gouvernement révolutionnaire, on exhume et brûle le corps de Raspoutine, et on disperse ses cendres dans les forêts environnantes. Mais, selon la légende, seul le cercueil se serait consumé et le corps de Raspoutine serait demeuré intact malgré les flammes. 

Tous ces mythes autour du starets expliquent que plusieurs personnes vinrent par la suite récolter de l'eau dans laquelle Raspoutine avait été trouvé mort : elles espéraient ainsi recueillir un peu de son pouvoir mystérieux.

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* Définition donné par Dostoïevski dans "Les Frères Karamazov" : le starets, c'est celui qui absorbe votre âme et votre volonté dans les siennes. Ayant choisi un starets, vous abdiquez votre volonté et vous la lui remettez en toute obéissance, avec une entière résignation.
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jeudi 29 décembre 2022

Meurtre à la Cathédrale...

 

29 décembre 1170 - L'archevêque de Cantorbéry est assassiné


Le 29 décembre 1170, l'archevêque Thomas Becket (né le 21 décembre 1118 ou 1120?) est assassiné pendant qu'il célèbre la messe dans sa cathédrale de Cantorbéry*. Il s'était attiré la vindicte du roi Henri II Plantagenêt par son refus d'accepter les Constitutions de Clarendon, qui plaçaient l'Église d'Angleterre sous la tutelle du trône.
Représentation du XIXe siècle de Saint Thomas Becket
montrant une épée lui transperçant la tête.
Né à Londres d'une famille d'origine normande, Thomas Becket étudie à Paris. Rentré en Angleterre, il devient clerc à Cantorbéry, jouissant de la confiance du vieil archevêque. Il se rend pour affaires à Rome et va étudier le droit à Bologne et à Auxerre.

En 1154, il devient archidiacre et chancelier du royaume par la faveur du jeune roi Henri II. Il se montre bon administrateur et, bien que clerc, homme de guerre.

En 1159, il combat vaillamment devant Toulouse et en Normandie. Après un an de vacance du siège, Thomas est élu, en mai 1162, archevêque de Cantorbéry. Il est ordonné prêtre le 2 juin, évêque le lendemain. Sans abandonner ses goûts de faste, il se pose en défenseur des droits de l'Église contre le roi, étonné des réactions de son ancien familier.

Les relations se gâtent à tel point que le roi fait condamner l'archevêque par une assemblée tenue à Northampton en octobre 1162.

Thomas Becket a le courage de comparaître pour récuser la sentence. Il s'enfuit clandestinement en France, se fixe à l'abbaye cistercienne de Pontigny, puis, quand le roi d'Angleterre menace de se venger sur les cisterciens de ses États, à Sens.

Dans son exil, Thomas Becket mène une vie austère, mais n'abdique aucun de ses droits, qu'il défend en lançant des excommunications contre les évêques et les clercs qui ne le soutiennent pas avec assez de vigueur. Les efforts du pape pour apaiser le conflit restent vains.

Au début de décembre 1170, Thomas Becket rentre en Angleterre pour agir directement. Selon la tradition, une phrase du roi exaspéré aurait été prononcée: "N'y aura-t-il personne pour me débarrasser de ce prêtre turbulent ?" fut interprétée comme ordre par quatre chevaliers anglo-normands : Reginald Fitzurse, Hugues de Morville, Guillaume de Tracy et Richard le Breton. Ces quatre chevaliers projetèrent donc immédiatement le meurtre de l'archevêque, et le perpétrèrent près de l'autel.
Enluminure du XIIIe siècle
représentant le meurtre de Thomas Becket.
Au soir du 29 décembre 1170, ils se présentent au palais épiscopal. Les clercs et les moines conduisent l'archevêque dans la cathédrale.  Les chevaliers l'y poursuivent et veulent l'entraîner au dehors. Très fort, Thomas Becket les repousse. Ils sortent leurs épées et, au troisième coup, l'archevêque tombe devant l'autel de Notre-Dame.

Acclamé comme un martyr et canonisé le 21 février 1173, dès lors le culte du nouveau saint thaumaturge se propagea rapidement dans toute l'Europe chrétienne ; de nombreux sanctuaires lui furent dédiés et les pèlerins affluèrent vers son tombeau. Les moines du prieuré de Christ Church, qui étaient chargés des services de la cathédrale, distribuèrent largement des reliques du saint, ce qui leur permit en 1220, grâce aux offrandes des pèlerins, de transférer les restes du martyr dans une somptueuse châsse d'orfèvrerie.
Chasse conservée au Victoria and Albert
Museum de Londres.
Au début du XVIe siècle le roi Henri VIII détruit les reliques de saint Thomas Becket présentes au sein de la cathédrale de Cantorbéry2. Elles étaient placées dans des châsses réalisées à cette intention à Limoges, centre de production d'objets en émail champlevé.

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* Cantorbéry en français, Canterbury en anglais
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