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lundi 26 février 2024

Naissance d'un géant.


7 ventôse an X - Ce siècle avait deux ans !


26 février 1802 : Besançon, 140 Grande Rue, naissance de Victor-Marie Hugo, fils du général d'Empire Joseph Léopold Sigisbert Hugo et de Sophie Trébuchet .

Naissance de Victor Hugo, gravure sur cuivre, 1881,
Bibliothèque municipale de Besançon

Ça s'est passé il y a 222 ans.

"Ce siècle avait deux ans ! Rome remplaçait Sparte,
Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte,
Et du premier consul, déjà, par maint endroit,
Le front de l'empereur brisait le masque étroit.
Alors dans Besançon, vieille ville espagnole,
Jeté comme la graine au gré de l'air qui vole,
Naquit d'un sang breton et lorrain à la fois
Un enfant sans couleur, sans regard et sans voix ;
Si débile qu'il fût, ainsi qu'une chimère,
Abandonné de tous, excepté de sa mère,
Et que son cou ployé comme un frêle roseau
Fit faire en même temps sa bière et son berceau.
Cet enfant que la vie effaçait de son livre,
Et qui n'avait pas même un lendemain à vivre,
C'est moi."

Célèbre poème, "Ce siècle avait deux ans !", de Victor Hugo, publié en 1831, dans le recueil "Les feuilles d'automne".


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Pour les curieux : André Maurois, "Olympio ou la Vie de Victor Hugo", Paris, Hachette, 1985.

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jeudi 1 juin 2023

Victor Hugo (1802-1885)


1er juin 1885 – Des funérailles nationales.

L'écrivain Victor Hugo est décédé le 22 mai 1885. Le jour de ses funérailles, près de 2 millions de personnes se sont réunies dans les rues de Paris pour honorer sa mémoire et l'accompagner jusqu'au Panthéon.

Victor Hugo, l’indétrônable auteur préféré des Français

C'était il y a 138 ans.

Fondamentalement républicain et farouchement opposé à l'Empire, Victor Hugo déclarait dans son testament : "Je donne cinquante mille francs aux pauvres. Je désire être porté au cimetière dans leur corbillard. Je refuse l'oraison de toutes les églises ; je demande une prière à toutes les âmes. Je crois en Dieu."

L'écrivain Victor Hugo était fortement apprécié du peuple qu'il mettait régulièrement en avant dans ses oeuvres, son décès et ses funérailles furent donc des évènements populaires très commentés.

Après l'annonce du décès de Victor Hugo le 22 mai 1885, la quasi-totalité de la presse parisienne porte le deuil. 17 journaux affichent un cadre noir en Une de leur édition du 23 mai. Le quotidien Gil Blas, un journal parisien du XIXème siècle, raconte une scène populaire qui montre alors que toutes les sphères sociales furent touchées par le décès de Victor Hugo : "Des ouvriers se découvrirent respectueusement, des vieillards se mirent à pleurer silencieusement, des grandes dames coudoyant des femmes du peuple s'unirent à elles dans un même sentiment de désespoir ". On raconte également que de nombreux drapeaux républicains, bleu-blanc-rouge, furent accrochés à toutes les fenêtres de Paris.

L'organisation des funérailles de Victor Hugo est passée par plusieurs étapes. Tout d'abord, le 24 mai 1885, soit deux jours après son décès, la Chambre des députés vote pour l'organisation de funérailles nationales en l'honneur de l'écrivain. S'il faut une preuve supplémentaire que les funérailles de Victor Hugo tenaient à cœur à une grande majorité des Français, ce vote s'est fait à 415 voix sur 418.

L'inhumation était initialement prévue au cimetière du Père-Lachaise, mais un député a proposé qu'elle se fasse au Panthéon. Cette proposition a été acceptée le 27 mai. Le gouvernement républicain profita d'ailleurs de cette occasion pour désacraliser le Panthéon, qui avait repris le culte sous le 3ème Empire.

Le cercueil de Victor Hugo sous l'Arc de Triomphe

La nuit du 31 mai au 1er juin 1885, le cercueil de Victor Hugo est exposé, voilé de noir, sous l'Arc de Triomphe de l'Étoile.

Les funérailles de Victor Hugo ont donc eu lieu le 1er juin 1885. Dès 10h30, 21 salves de canons sont tirées depuis l'hôtel des Invalides pour donner le coup d'envoi de cette journée. De nombreux discours sont prononcés par différentes institutions :

  • des représentants de l'État et des collectivités
  • des représentants d'organisations artistiques

Aux alentours de 12h40, le cortège funéraire démarre de l'Arc de Triomphe de l'Étoile en direction du Panthéon. On ne compte pas moins 1 168 délégations différentes au sein du cortège. À sa tête, 12 poètes choisis par la famille, une délégation d'habitants de Besançon (la ville natale de Victor Hugo ), une délégation de la Presse et 4 sociétés artistiques. Elles sont suivies par le corbillard, qui conformément aux souhaits de l'écrivain était simple, sans aucune fioriture. Vient ensuite la famille de Victor Hugo.

Près de 2 millions de Français se pressent dans les rues de Paris pour assister au passage du cortège. Ce dernier commence par descendre l'Avenue des Champs-Élysées en direction de la place de la Concorde, avant d'emprunter le Boulevard Saint-Germain, le Boulevard Saint-Michel ainsi que la rue Soufflot, cette dernière débouchant sur le Panthéon. L'arrivée se fait aux alentours de 18h20.

Rappel de la vie de Victor Hugo

Victor Hugo est né le 26 février 1802 à Besançon. À cette époque, le calendrier républicain était utilisé, sa date de naissance "officielle" est donc le 7 ventôse de l'an X. Ce calendrier républicain est celui qui a été inventé par les révolutionnaires et a remplacé le calendrier grégorien trop lié à la monarchie et à l'Église.

Victor Hugo était un homme aux multiples professions : poète, dramaturge, écrivain romancier et dessinateur du courant romantique, il était également une personnalité politique et un intellectuel fortement engagé en faveur de la République, et particulièrement contre Napoléon III.

Anecdote intéressante et prouvant sa popularité, Victor Hugo a un temps vécu au numéro 50 d'une Avenue qui portait son nom. L'Avenue d'Eylau fut en effet renommée Avenue Victor Hugo en 1881.

En tant que romancier, on lui doit notamment Notre-Dame de Paris en 1831 et Les Misérables en 1862. Ces deux romans, qui dépeignent les idéaux romantiques et la vie des Parisiens du XIXème siècle expliquent en partie pourquoi les funérailles de Victor Hugo furent un tel évènement populaire.


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dimanche 29 janvier 2023

La Clairon (1723-1803)


29 janvier 1803 - Mort de La Clairon


Elle venait de fêter ses 80 ans… mais après des mois de souffrance, Claire Josèphe Hippolyte Léris de La Tude dite Mademoiselle Clairon meurt, rue de Lille à Paris.

Ca s'est passé il y a deux cent vingt ans.
Mademoiselle Clairon (1723-1803)
" ... C'est en observant de sa fenêtre la célèbre Mademoiselle Dangeville, que la jeune Claire Josèphe Hippolyte Léris de La Tude, dite Mademoiselle Clairon, se sent une vocation impérieuse pour le théâtre... "

Edmond de Goncourt a brossé d’elle un portrait ni toujours flatteur ni dénué de partis pris. L’icône de la tragédie française a peu à peu disparue des mémoires mais laisse un nom insolite et mutin. Un nom, sur une plaque presque effacée du 4 de la rue Clairon, à Condé-sur-Escaut. Un nom qui pique la curiosité. Qui est donc cette célèbre actrice oubliée au nom si pittoresque et bruyant ? Un nom qu’elle s’est choisi elle-même… Et qui donna naissance, sous la plume de Voltaire, au mot de "claironnade" !

Grande tragédienne du XVIIIe siècle elle fut autant adulée par les plus grands, comme Voltaire et Diderot … que détestée par ses pairs qu’elle malmenait plutôt. Elle a eu des haines plus fidèles que ses amours, et des amitiés plus solides qu’on ne croit. Quant à sa vie intime, on dit qu’elle aima, beaucoup, beaucoup, beaucoup les hommes… Et, quelques femmes aussi.

De Condé-sur-Escaut à la Comédie Française

Née le 25 janvier 1723 à Saint-Waasnon de Condé, qui deviendra Condé-sur-Escaut en 1886, elle est la fille illégitime d’une ouvrière couturière Marie-Claire Scanapiecq et de François Joseph Léris ou Lerys, militaire, sergent de la mestre de camp de Mailly, dont elle garde le nom.
Monument d'Henri Gauquié à sa mémoire,
place Saint-Amé à Condé-sur-Escaut.
Ses premières heures sont rocambolesques. Car, selon ses mémoires, ce 25 janvier, le carnaval bat son plein dans la petite ville de Condé. Tout le monde est déguisé y compris Monsieur le curé. Née prématurée à sept mois, elle semble trop faible pour pouvoir vivre longtemps. C’est en tenue d’Arlequin que le prêtre la baptise en urgence assisté de son vicaire affublé en Gille… Le tableau est cocasse… Mais probablement faux.

Elle n’aura de cesse toute sa vie de se montrer avant tout comme une victime. Une victime de sa condition sociale, de sa mère qu’elle dépeint comme "Une femme violente, ignorante et superstitieuse " qui la forcera presque à se marier un pistolet à la main. Victime des hommes… Et des femmes… De la maladie, de l’ingratitude… Ses mémoires(*) et ses lettres sont un long plaidoyer pour justifier son tempérament emporté, jaloux, vindicatif et très intéressé par les choses matérielles.

Elle nous dépeint une enfance malheureuse auprès d’une mère qui ne lui témoigne ni douceur, ni amour. Elle naît dans un milieu très modeste où les enfants commencent à travailler tôt. Sa vie est tracée : Elle fera des travaux de couture, comme sa mère. Mais la petite Claire se rebelle et refuse.

Elle a onze ans quand sa mère déménage pour Valenciennes puis Paris et l’emmène avec elle mais en la laissant seule à longueur de journée. La fenêtre de sa chambre donne sur les appartements d’une certaine Dangeville, qui débute, à 15 ans, une carrière d’actrice. Claire-Joseph est subjuguée par cette jeune fille à qui l’on donne des cours de maintien et de danse. Elle l’observe et refait chaque geste à l’identique, singeant bientôt les gracieux mouvements, se mettant en scène dans des situations imaginaires.

Un jour, sa mère, réticente, l’emmène à une représentation de la Comédie Française, elle est incapable de prononcer une seule parole de toute la soirée puis s'occupe, la nuit entière à retrouver et dire tout haut ce qu'elle avait entendu déclamer sur les planches. C’est une révélation. Désormais, elle sait ce qu’elle veut être : comédienne à son tour. Sa mère s’y oppose violemment, la laissant presque sans nourriture pendant plus de 2 mois. La jeune fille ne plie pas et finit par avoir gain de cause.

Le 8 janvier 1736, La jeune Claire débute, à l'âge de 13 ans, à la Comédie Italienne où son application, son ardeur, sa mémoire enfin, confondaient ses instituteurs. Elle s'en va exercer ses talents à Rouen, où elle se voit invitée aux soupers de femmes distinguées et autres notables. Elle se fait aussi connaître pour sa vie amoureuse tumultueuse et "son existence galante", au point qu'un cruel petit livre est écrit contre elle. Elle y est affublée du surnom évocateur de Frétillon.

La comédienne se retrouve à Paris dans une situation précaire pendant quelques mois. A l'aide de protecteurs, elle finit par retrouver le chemin de la scène et entre à l'Opéra où elle débute en 1743, à l'âge de 20 ans. Elle rencontre le succès et entend désormais qu'on l'appelle Clairon : "quiconque m'appellera encore Frétillon, peut compter que je lui foute le meilleur soufflet qu'elle ait peut être encore reçu de sa vie !". Elle vit alors dans la plus haute société d'hommes de Paris, où "la foule de ses illustres amants fut si grande que, malgré l'appétit de la belle, elle fut embarrassée de choisir". Sacré tempérament décidément.

Une actrice de caractère

Edmond de Goncourt insinue fortement que la réussite fulgurante de l’actrice tient beaucoup aux amitiés intimes et masculines qu’elle a nouées dans les villes de garnisons où elle jouait. Les officiers sont issus des plus grandes familles de la noblesse française : le prince de Soubise, le duc de Luxembourg, le marquis de Bissy…Une chose est certaine, la jeune Clairon a compris dès sa jeunesse, et sans doute grâce à sa mère, que les hommes sont des "marchepieds" utiles dont il faut apprendre à se servir. Sans grandir vraiment dans la misère, chaque sou est compté. Chaque sou doit se gagner à la sueur de son front…. De cette précarité sociale, elle gardera toute sa vie le souci d’amasser des cadeaux, de chercher des rentes, de monnayer sa présence, de réclamer à ses anciens amants, qui des chandeliers d’argent, qui une boîte en écaille, un portrait … Qu’elle revendra en fonction de ses besoins d’argent. Aux jeunes acteurs qu’elle prendra sous son aile, à la fin de sa vie, elle conseillera explicitement d’ "amasser" pendant que la jeunesse et la gloire le permettent.
Buste en marbre de Melle Clairon, par Jean-Baptiste Lemoyne de 1761,
Paris, Comédie-Française
Elle n’est pas la seule à le faire. Les artistes qui n’ont pas de fortune personnelle courent le cachet, le billet, les rentes, les bons mariages, officiels ou non. Ils acceptent les cadeaux, les largesses pour assurer le quotidien, pour avoir un costume et monter sur scène. Comme beaucoup d’artistes, d’écrivains, de musiciens, de peintres… La Clairon doit monnayer au mieux ses talents, sa jeunesse, sa renommée. Les méchantes langues ont largement relayé les rapports de police mentionnant volontiers que l’organe vocal de la Clairon n’était pas réservé qu’à la scène… Mais que dans l’intimité, elle ne s’en privait pas non plus.

Plus on la découvre, plus on s’attache à cette force inouïe qu’elle a eu de lutter et d’apprendre : Apprendre et toujours apprendre pour s’élever au-dessus de sa condition, pour devenir actrice, pour évoluer dans cet univers mondain qui n’est pas le sien. Apprendre à lire et à écrire. Apprendre à parler, s’habiller, marcher. Apprendre à évoluer sur scène, à danser, à poser sa voix, à avoir du talent. Car elle a appris avoir du talent. Rien n’est inné chez elle sinon cette faculté d’observer, de reproduire, de s’adapter, de plaire.

Aussi habile à lier des amitiés que douée pour se faire des ennemis, Mademoiselle Clairon va occuper la scène pendant plus de 22 ans. Au bout de ce terme, le refus qu’elle fit, ainsi que tous ses camarades, de jouer dans le Siège de Calais avec un acteur nommé Dubois, auquel on reprochait une bassesse, la conduisit au Fort-l’Evesque, et l’exila du théâtre ; car elle ne voulut jamais y rentrer par une voie humiliante.
Mademoiselle Clairon - Portrait en Medee
par Charles André van Loo (1760) Nouveau Palais Postdam Allemagne
Mais sa santé fragile la rattrape. En 1765, malade, elle va à Genève pour consulter le docteur Tronchin qui la menace de mort si elle remontait sur la scène. De Genève, elle se rend à Ferney voir Voltaire sur son invitation : "Il n'y a, Mademoiselle, que le plaisir de vous voir et de vous entendre qui puisse me ranimer, vous serez ma fontaine de Jouvence". Après deux représentations, Voltaire écrit : "J'ai vu la perfection en un genre, pour la première fois de ma vie". Il sait flatter l’actrice. Il l’encense en même temps qu’il s’agace des conseils et des changements qu’elle lui suggère dans ses pièces. Excusez du peu !

Quand le rideau tombe …

En 1766, alors qu'elle est de retour à Paris et attendue pour reprendre un rôle, elle déclare prendre se retraite, décision qu'elle mûrissait depuis quelques mois déjà, elle a 43 ans. Elle quitte alors la rue Visconti pour s'établir rue Vivienne, puis rue du Bac à partir de 1768.
Marie-Françoise Marchand dite Mademoiselle Dumesnil,
rivale de Mademoiselle Clairon
Elle n'est pas vraiment regrettée par ses compagnons de la Comédie-Française, la comédienne ayant toujours suscité embarras, difficultés, froissements d'amour-propre, en raison de ses exigences et de son despotisme. Par contre, pour la Clairon, c'est la mort de n'avoir plus tous les soirs, les bravos du public et finit même par regretter d'avoir quitté le théâtre. Elle joue encore sur quelques scènes privées ou devant le roi, mais le public commence à lui reprocher sa lenteur, son air avachi et ses habits mal choisis.

L'actrice crée alors une école de jeunes élèves, qu'elle se complaisait à former pour le théâtre. Elle s'entiche tour à tour de jeunes hommes qui deviennent ses protégés et qu'elle conseille et lance dans la profession avec une sollicitude toute maternelle et parfois ambiguë. Elle poursuit une vie sagement passionnée, gérant la fin de sa relation avec le comte de Valbelle, se débrouillant pour conserver un train de vie digne de son rang.

En 1772, grand changement dans sa vie, elle devient la maîtresse du jeune prince allemand Margrave d’Anspach, neveu du grand Frédéric. Pendant 17 ans, elle va se partager entre la France et l’Allemagne. Elle se pique de jouer auprès de son amant un rôle de conseil, de ministre occulte. Elle s’étonne même que l’épouse officielle du Prince ne l’aime pas, elle qui encourage pourtant son mari à poursuivre ses devoirs conjugaux. Étonnante Clairon. Si la 1ère année semble idyllique, les années suivantes sont teintées de désillusion et d’ennui. Elle avoue ne rester que pour la – petite – rente qu’on lui verse. Pourtant son train de vie finit par faire grincer les dents… Sa liaison prend fin au bout de 17 ans. Le prince, qui a toujours été volage, a une nouvelle favorite, lady Graven, une jeune Anglaise, qu’il finira par épouser. C’est l’heure du bilan pour l’actrice. Elle se dit ruinée par le comte de Valbelle, son amant pendant 19 ans, et laissée sans ressources par le Prince. Dans ces lettres, elle se plaint d’être une nouvelle fois abandonnée, trahie…Et vieille : Elle a désormais 63 ans.

Une vie en "claire obscure"

De retour à Paris, elle s'attelle à la rédaction de ses mémoires, qui comportent notamment la référence à son installation au 21 rue Visconti, maison, écrit-elle, "habitée par Racine". L'erreur, probablement insinuée par l'"agent immobilier" de l'époque pour valoriser le bien à louer, a été répercutée sans vérification jusqu'au début du XXe siècle. Aujourd’hui on attribue le lieu de décès de l’auteur de Phèdre au 24 rue Visconti (anciennement rue du Marais).
Mademoiselle Clairon. Estampe de Jean-François Janinet (1752-1814)
Septembre 1786, elle s’installe, dans la très sélecte campagne d’Issy (Issy-les-Moulineaux). Elle écrit, dans ses mémoires, sans pudeur qu’elle est malade, seule, sans le sou, à peine a-t-elle un toit au-dessus de la tête… Mais est-ce encore une fois la réalité ? Claire aime la lumière mais pas toute la lumière. Elle a laissé soigneusement dans l’ombre beaucoup d’aspects de sa vie : Celle de la jeune fille avant d’être actrice… Celle de jeune actrice avant d’être une icône… Celle de l’amante avant d’être favorite… Celle des amours interdites qu’elle a seulement esquissé au fil de ses lettres. Car, quand elle revient en France, elle ne vit pas seule. Elle partage sa – très belle – maison avec une gouvernante dont on peut penser qu’elle est en réalité sa maîtresse. Et ce n’est pas la seule qu’on lui connaisse. Passe encore de se rendre en prison sur les genoux d’une Intendante faute de place, soi-disant, dans la voiture… Passe encore d’être séparée d’une mystérieuse inconnue que sa famille veut éloigner de l’ancienne actrice … Mais les autres ? Pure médisance ?

Mademoiselle Clairon a soixante ans passés mais elle aime encore, elle est aimée, et elle souffre quand survient la séparation avec sa gouvernante. Elle, si volubile sur ces amours masculines, restera toujours d’une extrême discrétion et d’une tendre ambiguïté sur ses "amies si chères à son cœur". Ses amours féminines n’ont-elles été que de petits badinages libertins ou une part plus intime et secrète de l’actrice ? S’est-elle servie des femmes comme des hommes, a-t-elle entretenue de longues liaisons avec des messieurs, souvent absents, pour donner le change, a-t-elle tout simplement aimé en toute liberté ? Ce n’est pas la véracité des faits qui est intéressante mais ce qu’ils nous disent de la société dans laquelle elle vit. Les mœurs du XVIIIe siècle sont codées. Le libertinage n’est toléré que si les apparences sont sauves. La favorite est puissante mais dans l’étiquette, c’est la reine qui est au côté du roi. Les messieurs ont des maîtresses qui s’accrochent à leurs bras mais ils sont mariés. Les épouses ont de jeunes admirateurs pour les divertir, mais tiennent leur rôle de mère et maîtresse de maison… Les amours particulières font l’objet de rapports de police mais doivent rester dans le champ privé de l’alcôve. Dans ce jeu de masques et de convenances, la jeune Claire a dû apprendre très tôt qu’on joue autant dans la vie qu’à la scène… Et que la sincérité n’est affaire que de point de vue. Il faut donner à voir et à entendre ce que la société veut voir et entendre… Et pour cela un clairon est un instrument d’une remarquable efficacité!

Les dernières années

Depuis son retour d’Allemagne, elle se plaint de tout. Qu’elle est ruinée, qu’elle a à peine de quoi vivre, que la maladie la cloue chez elle…Pourtant, trois ans avant sa mort, elle rédige un testament qui laisse des biens. Elle a une magnifique propriété, des objets de valeurs, des liquidités, des pieds à terre… Elle n’est pas donc pas dans l’indigence comme elle se plait à l’écrire. Elle a certes raccourci son nom, qu’elle avait rallongé, Claire-Joseph-Hippolyte Léris Clairon de la Tude, devient plus modestement la citoyenne Latude… mais elle traverse la révolution sans dommage apparent. Les temps sont difficiles et les têtes tombent comme celle de sa voisine, la princesse de Chimay, guillotinée, et son château confisqué.

Elle ne quittera pourtant " Issy-l’Union"(**) que peu de temps avant sa mort.

Clin d’œil de la vie à sa région natale, elle s’installe alors rue de Lille à Paris, avec Marie-Pauline Ménard, veuve de La Riandrie, présentée comme sa fille adoptive et chez qui, après des mois de souffrances, elle meurt le 29 janvier 1803 (le 11 pluviôse an XI au calendrier républicain).

Officiellement Mademoiselle Clairon n’a jamais eu d’enfant.

Elle venait de fêter ses 80 ans… Ironie du sort, son indéfectible rivale, Mademoiselle Dumesnil, 90 ans, ne lui survivra que de quelques jours.

Inhumée en 1803 au cimetière de Saint-Sulpice de Vaugirard à Paris, ces cendres furent transférées au cimetière du Père-Lachaise le 29 août 1837, dans la 20e division. La concession à perpétuité est entretenue gratuitement par la ville de Paris. Le monument est orné d’un médaillon en marbre de Louis Noël, ni signé ni daté. On peut lire gravé sur la pierre :

"Ici repose le corps, de Claire Josèphe Hippolyte, LERIS CLAIRON de LATUDE, née à St Waasnon de Condé, (Dept du Nord), le 25 janvier 1723, décédée le 9 pluviose an XI, (29 janvier 1803). Elle traça avec autant, de vérité que de modestie, les règles de l’art dramatique, dont elle sera à jamais le modèle."
La tombe de Mademoiselle Clairon
au Père-Lachaise à Paris


Sources : "Les actrices du XVIIIe siècle : Mademoiselle Clairon" d’Edmond de Goncourt (1889), et l’article d’Isabelle Duvivier sur le site internet Nord-Découverte.

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* Ses mémoires sont publiées en 1798 et sont jugées peu sincères, pleines de forfanteries et de rancœur, à la confession toujours apprêtée, et ne laissant rien soupçonner de la "Frétillon". Elles n'ont eu qu'un médiocre succès de librairie.

** Nom de la ville de 1793 à ?, aujourd’hui : Issy-les-Moulineaux dans les Hauts-de-Seine.
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mercredi 4 janvier 2023

Albert Camus (1913-1960)

 

4 janvier 1960 – Camus n’est plus !

Le 4 janvier 1960, le monde des lettres apprenait, consterné, la mort brutale dans un accident de la route de l'écrivain Albert Camus (46 ans) qui avait théorisé l'absurdité de la condition humaine et combattait aussi l'absurdité d'un conflit cruel qui ravageait sa terre natale, l'Algérie...

Albert Camus (1913-1960),
décédé le 4 janvier 1960, mais toujours actuel
Nous sommes le lundi 4 janvier 1960. Albert Camus rentre à Paris dans la voiture de Michel Gallimard, en compagnie de la femme et de la fille de ce dernier. Il vient de passer les fêtes de fin d'année en famille dans sa propriété de Lourmarin, dans le Vaucluse. Initialement, l'auteur de L'Étranger a prévu de rentrer en train, mais son éditeur lui propose d'effectuer le voyage dans sa voiture. Voyage qui leur sera fatal, à tous les deux.

Il est 14 h 15. La voiture de Michel Gallimard fait une brusque embardée sur la route à la hauteur de Villeblevin, dans le nord de l'Yonne. Le véhicule s'écrase contre un platane. L'écrivain, qui occupe le siège avant-droit, est tué sur le coup. Son corps est transporté à la mairie de Villeblevin avant d'être enterré, deux jours plus tard, à Lourmarin. Michel Gallimard, sa femme et sa fille, éjectés de la voiture, sont transportés à l'hôpital de Montereau, où l'éditeur décède cinq jours plus tard des suites de ses blessures. 

La piste d'un accident dû à la vitesse est privilégiée. Albert Camus et la famille Gallimard s'étaient arrêtés le midi à Sens, pour se restaurer, dans un l'hôtel-restaurant de la ville, et l'hypothèse de la somnolence semble peu plausible. À l'époque, les gendarmes retiennent l'éclatement du pneu arrière gauche de la voiture et une vitesse excessive (estimée à près de 150 km/h, ce qui est énorme pour l’époque !) comme explication. 

La mort du Prix Nobel de littérature 1957 provoque un choc dans le monde littéraire et bien au-delà. 

"C’est une des plus grandes pertes qui pouvait atteindre les lettres françaises en ce moment. Les lettres françaises mais il faudrait dire : la France. Toute une génération a pris conscience d’elle-même et de ses problèmes à travers Camus. Le prix Nobel avait été donné au jeune maître de la jeune élite européenne. Et c’est toute la jeunesse qui le pleure en ce moment". François Mauriac dans les colonnes de La Dépêche. 

On retrouve dans la voiture, après l'accident, au fond d’une sacoche, les feuillets d'un manuscrit qui deviendront le roman inachevé Le Premier Homme... ainsi qu'un billet de train. 

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Albert Camus naît le 7 novembre 1913 dans un village à plus de 400 km d'Alger. Il est le fils de Lucien Camus, ouvrier agricole mort pendant la Grande Guerre, et de Catherine Sintes, jeune servante d'origine espagnole. Son éducation est confiée à sa mère et sa grand-mère. 

Camus fréquente l'école communale jusqu'en 1924. Cette période est marquée par l'influence de son instituteur de l'époque, Louis Germain qui le remarque pour ses dispositions exceptionnelles. 

En 1924, Albert rejoint le lycée Bugeaud à Alger, en khâgne. Boursier, il découvre la philosophie et s'inspire de son professeur et ami Jean Grenier. Après avoir obtenu son baccalauréat en 1930, Camus étudie la philosophie. Mais sa santé est très fragile, en raison d'une tuberculose qui l'oblige à de fréquentes cures de repos. Il doit renoncer à devenir professeur. 

En 1932, les premiers écrits de Camus sont publiés dans Sud. 

En 1934, à 21 ans, il entre au Parti communiste mais son engagement tourne court : il en veut à ses "camarades" de persister à soutenir le colonialisme (le Parti tournera casaque après la guerre) ! trois ans plus tard il rompt ses liens avec le parti communiste. 

Le jeune homme tâte du journalisme à L'Alger républicain et commence à écrire. 

Il épouse Simone Hié, dont il se sépare deux ans plus tard. 

L'année suivante, il crée le Théâtre du Travail. 

Quand arrive la guerre, en 1939, Albert Camus, réformé à cause de sa maladie, retourne chez sa mère où il termine une pièce de théâtre, Caligula. Il n'a que 27 ans, pas de relations, pas de diplôme mais déjà une vision très précise de son avenir, avec en projet un roman, L'étranger, et un essai philosophique sur l'absurdité de la condition humaine : Le mythe de Sisyphe

En 1940, il épouse Francine Faure et s'installe à Paris, où il travaille pour Paris-Soir. 
Francine Faure et Albert Camus en décembre 1940
Deux ans plus tard sont publiés L'Etranger et Le Mythe de Sisyphe. Les critiques applaudissent son œuvre, et la renommée d'Albert Camus grandit encore un peu plus. Il rencontre Jean-Paul Sartre, puis obtient un poste à Combat, qui est alors diffusé clandestinement. 

Pendant la guerre, Albert Camus se montre particulièrement engagé. Ses prises de position et ses articles lui confèrent le statut d'intellectuel majeur. Mais même après le conflit, il ne cessera pas de dénoncer certaines injustices, comme les actions de justice sommaire et les dérives en temps de paix. Il est même le seul intellectuel occidental de son époque à avoir dénoncé l'usage de la bombe atomique. 

En 1951 paraît un essai, L'homme révolté, qui explique sa vision de la lutte sociale et politique. Puis la guerre d'Algérie le déchire dans le plus profond de lui, il se retire silencieusement. 

La Chute est publiée en 1956 : cette œuvre exprime tout le scepticisme et la noirceur de son auteur. 

En 1957, Albert Camus obtient le Prix Nobel de littérature "pour l'ensemble d'une œuvre qui met en lumière, avec un sérieux pénétrant, les problèmes qui se posent de nos jours à la conscience des hommes". 

Le 4 janvier 1960 c’est l’accident. Il travaillait sur Le Premier Homme, roman autobiographique inachevé qui sera publié en 1994 par sa fille Catherine. 
4 janvier 1960, c'est l'accident !
Célèbre pour son écriture, mais aussi pour son engagement et son humanisme, l'écrivain n'a cessé de s'interroger sur la condition humaine, tout en se faisant entendre lorsqu'une cause le révoltait. 

Son œuvre touche à de nombreux genres littéraires, romans, essais, adaptations théâtrales, correspondances... On peut citer (entre autres) les quelques ouvrages suivants : L'Envers et l'Endroit (1937), essai, Le Mythe de Sisyphe (1942) essai sur l'absurde, L'Étranger (1942), roman, Caligula (pièce de théâtre), La Peste (1947), Les Justes (1949), L'Homme révolté (1951), La Chute (1956), Chroniques algériennes, Actuelles III, 1939-1958, Le Premier Homme... 

Sources : La Dépêche, L'Yonne républicaine, L’internaute.

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mercredi 6 mars 2019

Naissance de Cyrano

 

6 mars 1619 - Naissance d'Hercule Savinien Cyrano


Le vrai Hercule Savinien Cyrano de Bergerac
(1619-1655)
Voilà quatre cents ans naissait un certain Cyrano de Bergerac

Pas le Cyrano, personnage central de la pièce d'Edmond Rostand, mais le vrai Cyrano… Hercule Savinien Cyrano, l’écrivain, poète et libre-penseur, disciple de Gassendi, contemporain de Boileau, de Molière, de Descartes, mais aussi de Mazarin et des mousquetaires, vif, talentueux et foncièrement attaché à sa liberté.

Né à Paris le 6 mars 1619, Hercule Savinien Cyrano est surtout connu pour sa comédie Le Pédant joué, son Histoire comique des États et Empires de la Lune, première partie de L’Autre Monde, et particulièrement pour avoir inspiré à Edmond Rostand le personnage central de sa pièce Cyrano de Bergerac (écrite à Paris en 1897 et jouée pour la première fois le 28 décembre de la même année à Paris, au Théâtre de la Porte-Saint-Martin), qui reprend des éléments de la biographie du poète, mais s’en écarte par des aspects non négligeables. Les écrits de Cyrano indiquent, certes, qu’il possédait un nez anormalement grand, dont il était fier. S’il est vrai que, poète populaire et fine lame, il s’est battu dans de nombreux duels et a combattu cent hommes à la porte de Nesle, ses capacités furent enjolivées par Rostand. Le modèle pour le personnage de Roxane dans la pièce de Rostand, était Catherine de Cyrano, la cousine de Cyrano, qui vivait avec sa tante au couvent des Filles de la Croix, où celui-ci fut soigné pour les blessures consécutives à la chute d’une poutre. Toutefois, l’intrigue de la pièce impliquant Roxane et Christian de Neuvillette est presque totalement fictive : le vrai Cyrano n’ayant pas rédigé les lettres d’amour du baron à sa place.

Descendant d’une vieille famille parisienne, Hercule Savinien Cyrano n'est pas gascon. Le "Bergerac" dont il prend le nom est une terre possédée par sa famille (nommé "Bergerac" à cause de ses anciens propriétaires) que son grand-père, Savinien Cyrano avait acquise en 1582, dans la vallée de Chevreuse, sur les rives de l’Yvette, à Saint-Forget, en région parisienne. Après avoir passé une grande partie de son enfance à Saint-Forget, Cyrano étudie au collège de Beauvais de Paris, dont le principal, Jean Grangier, lui inspire le personnage principal du Pédant joué. Il s'engage en 1638 avec son ami Henry Le Bret dans la compagnie Royal Gascogne du baron Alexandre Carbon de Casteljaloux, du régiment des gardes du roi.

C’est alors qu’il devient : Hercule Savinien Cyrano de Bergerac.

Engagé dans les combats qui opposent Français et Espagnols dans la guerre de Trente Ans, Cyrano est blessé en 1639 au siège de Mouzon d' "un coup de mousquet à travers le corps". Il est à nouveau blessé en 1640 lors du siège d'Arras, d' "un coup d'épée dans la gorge", qui met fin à sa carrière militaire. Parmi les compagnons de bataille de Cyrano, on trouve Christophe de Champagne, baron de Neuvillette, qui a épousé le 20 février 1635 Madeleine Robineau, la cousine maternelle de l'écrivain. De retour dans la vie civile, il devient intime avec Claude-Emmanuel Luillier dit Chapelle et s'introduit auprès du précepteur de ce dernier, Pierre Gassendi, un chanoine de l’Église catholique, qui tente de concilier l’atomisme épicurien avec le christianisme, dont il devient le disciple. C'est également sans doute à cette époque, qu'il aurait mis en fuite une centaine de spadassins pour défendre le poète François Pajot de Lignières, près de la porte de Nesle, et qu'il refuse, par haine de la "sujétion", de prendre du service auprès du maréchal Jean de Gassion.

Cyrano s'engage dans une carrière littéraire. Son Pédant joué est représenté en 1646, sa Mort d'Agrippine, en 1653 et elle fait scandale. Avant même leur parution, ses œuvres circulent sous une forme manuscrite. On prétend qu'il a rencontré Molière. Même si ce n'est pas le cas, ce dernier lui a emprunté de nombreux passages, en particulier une scène de son Pédant Joué. Les œuvres les plus éminentes de Cyrano sont L’Autre Monde : l’Histoire comique des Estats et empires de la Lune (1657) (récit dans lequel Cyrano avait osé imaginer… des habitants sur la lune bien avant Jules Verne !) et L’Histoire comique des Estats et empires du Soleil, inachevée à sa mort, qui décrivent des voyages fictifs vers la Lune et le Soleil. Inventives, souvent ingénieuses, et parfois enracinées dans la science, les méthodes de voyage spatial que décrit Cyrano reflètent la philosophie matérialiste dont il était adepte. L’objectif principal de ces romans de science-fiction était de critiquer de façon subtile la physique traditionnelle d'inspiration aristotélicienne, notamment le géocentrisme, et le point de vue anthropocentrique de la place de l’homme dans la création, ainsi que les injustices sociales du XVIIe siècle. Comme en témoignent les divers manuscrits existants, la version de L’Autre Monde parue après la mort de Cyrano a été mutilée pour satisfaire la censure.

"La terre me fut importune,
Je pris mon essort* dans les cieux,
J'y vis le soleil et la lune,
et maintenant j'y vois les Dieux."

(Extrait du Voyage dans la lune)

Cyrano, décrit par maints auteurs comme homosexuel, devient probablement, vers 1640, l’amant de l’écrivain et musicien Charles Coypeau d’Assoucy dit Dassoucy, avant de rompre brutalement en 1650. Lorsque leur relation se transforme en amère rivalité, il adresse des menaces de mort à Dassoucy, qui l’obligent à quitter Paris. La querelle prend alors la forme d’une série de textes satiriques. En 1653, à bout de ressources, il accepte la protection de Louis, duc d'Arpajon, qui l'aide à publier l'année suivante chez Charles de Sercy ses Œuvres diverses et La Mort d'Agrippine.

Cyrano est blessé, en 1654, par la chute d’une poutre en bois alors qu’il entrait dans la maison de son protecteur, le duc d’Arpajon. On ignore s’il s’agit d’une tentative délibérée contre sa vie ou simplement d’un accident, de même qu’il est impossible de déterminer si sa mort est ou non la conséquence de cette blessure, ou d’une raison non précisée. Abandonné par Louis, duc d'Arpajon, il trouve refuge chez Tanneguy Renault des Boisclairs. Le 23 juillet 1655, il se fait transporter à Sannois, dans la maison de son cousin Pierre de Cyrano, trésorier général des offrandes du Roi, où il meurt le 28 juillet, à l'âge de trente-six ans. Il est inhumé le lendemain de sa mort dans l’église Saint-Pierre-Saint-Paul de Sannois. Une dalle funéraire est encore visible de nos jours dans cette église.

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* essor : avec un "t" dans le texte
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mardi 29 janvier 2019

Naissance d'une Académie

 

29 janvier 1635 - Conrart avant Richelieu ?


Richelieu entend mettre la littérature et la langue sous contrôle, et prendre jusqu’à la direction des belles-lettres.

Depuis déjà 1629, Valentin Conrart, protestant calviniste, conseiller du roi Louis XIII, l'un des habitué de l'Hôtel de Rambouillet (le salon littéraire tenu par la marquise du même nom), recevait chez lui, au 135 de la rue Saint-Martin, une fois par semaine quelques particuliers désireux de s'entretenir de leurs études de prédilection. Ces hommes, des grammairiens et des lettrés, débattaient sur des questions de langue, et se lisaient entre eux les travaux manuscrits qu'ils avaient l'intention de publier. Leur société, le "cercle Conrart", dont l'existence était en théorie secrète, s'accrue peu à peu de nouveaux membres et commençait à prendre de l'importance. En plus des membres fondateurs tels que Valentin Conrart, Jean Chapelain et Jean-Louis Guez de Balzac, on côtoyait dans le salon de la rue Saint-Martin, Antoine Godeau, Jean Ogier de Gombauld, Philippe Habert, Claude Malleville, François Le Métel de BValentin Conrartoisrobert, Jean Desmarets de Saint-Sorlin, Nicolas Faret, Paul Pellisson.

En 1633, François Le Métel de Boisrobert, membre du cercle et secrétaire de Richelieu informa le cardinal de l'existence de ces réunions. Très vite, ce dernier s'intéressa aux activités de cette compagnie d'intellectuels, dont il entrevoie les prémices de son projet pour créer son "académie". Il proposa aux membres de leur offrir sa protection et de l'organiser en un corps officiel. Hésitants, les hôtes de Conrart auraient préférés continuer de se rassembler librement comme ils le faisaient depuis plusieurs année. Mais comment refuser un si prestigieux patronage auquel certains d'entre eux souscrivaient déjà en privé?

Ils cédèrent aux désirs du puissant cardinal et  quittèrent le mode des entretiens familiers et informels pour s'organiser de manière régulière, à l'instar des académies déjà existantes en Italie, à Florence notamment, avec la  "Accadémia fiorantina" et la "Accadémia del désigno" placées sous la protection de Cosme de Médicis.

Conrart fut tout désigné pour en dresser les lettres patentes. Seules contraintes du cardinal : "que les statuts soient soumis à son approbation, que le nombre des membres soit porté à quarante et que le choix indépendant de la naissance, de la fortune et de la situation acquise ne prenne que le talent en considération". La rédaction et la première lecture furent faite, autour de vingt-sept membres, lors de la réunion du 13 mars 1634.

Le 22 mars, un projet, soumis à l'agrément du cardinal, proposa au cercle l'appellation d'Académie française. Le projet approuvé, l'Académie française était fondée. Le garde des Sceaux, Pierre Séguier, duc de Villemoze, scella les lettres patentes justifiant la constitution de l’Académie le 4 décembre 1634. Elle sera définitivement officialisée par la signature de Louis XIII au bas des parchemins, le 29 janvier 1635, date retenue comme la naissance officielle de l'Académie. Le parlement de Paris n'enregistrera "l'acte de naissance" que le 31 juillet 1637.

Treize nouveaux membres, appelés " académistes " puis " académiciens " à partir de février 1635, sont admis à siéger avec le groupe initial dont Richelieu est devenu le père protecteur. Leur mission première : "se préoccuper de la pureté de la langue et la rendre capable de la plus haute éloquence". Conrart en est le premier secrétaire et, malgré son attachement inébranlable à la religion protestante, Richelieu le maintient dans cette fonction jusqu'à sa mort.

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La composition de l'Académie au 13 mars 1634 ne comprenait que 27 "académistes" dont : Valentin Conrart - F2, Jean Desmarets de Saint-Sorlin - F4, Jean Ogier de Gombauld - F5, François Le Métel de Boisrobert - F6<, Jean Chapelain - F7, Claude Malleville - F8, Antoine Godeau - F10, Philippe Habert - F11, Jean-Louis Guez de Balzac - F28

Surnommés « les Immortels », les académiciens doivent ce surnom à leur devise « A l’Immortalité ». Celle-ci figure sur le sceau donné à l’Académie par le cardinal de Richelieu, et vise à l'origine la langue française et non les académiciens. Rapidement, cette notion s'est étendue aux académiciens pour leur gloire posthume.

A la mort de Richelieu en 1642, Les « Immortels » choisissent le chancelier Séguier (qui avait scellé les lettres patentes le 4 décembre 1634) comme père protecteur. Mazarin ne parlait pas assez bien le français! A la mort de Séguier, le nouveau père protecteur est le roi Louis XIV. Dès lors le titre appartiendra à tous les rois ou chefs d’État.

Pour les curieux : http://academie-francaise.fr/

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samedi 26 janvier 2019

Mort de Gérard de Nerval

 

26 janvier 1855 - Gerard de Nerval n'est plus


Gérard Labrunie, plus connu sous son nom de poète, Gérard de Nerval, s'est pendu à l'aube du 26 janvier 1855,  dans la rue de la Vieille-Lanterne, dans le quartier du Châtelet, à Paris. Il avait 46 ans. La plus belle part du romantisme s'est éteinte avec lui.

Gérard de Nerval, (1808-1855)
Il a vécu tantôt gai comme un sansonnet,
Tour à tour amoureux insouciant et tendre,
Tantôt sombre et rêveur comme un triste Clitandre.
Un jour il entendit qu'à sa porte on sonnait.

C'était la Mort ! Alors il la pria d'attendre

Qu'il eût posé le point à son dernier sonnet ;
Et puis sans s'émouvoir, il s'en alla s'étendre
Au fond du coffre froid où son corps frissonnait.

Il était paresseux, à ce que dit l'histoire,

Il laissait trop sécher l'encre dans l'écritoire.
Il voulait tout savoir mais il n'a rien connu.

Et quand vint le moment où, las de cette vie,

Un soir d'hiver, enfin l'âme lui fut ravie,
Il s'en alla disant : «Pourquoi suis-je venu ?»

(Gérard de Nerval, Épitaphe)


"... La mélancolie tourne au désespoir, la fatigue à l’accablement. On entre dans cette période que les illuminés appellent le capharnaüm. La lampe, près de s’éteindre, ne jette plus que des lueurs intermittentes, éclairant à demi des fantômes grimaçants et des chimères monstrueuses qui, d’un ton somnolent, murmurent des choses oubliées, incompréhensibles ou vaguement effrayantes. On sent que le dénouement approche et que ce dénouement sera fatal. En effet, avec un cordon qu’il prétendait avoir été la propre jarretière de la reine de Saba, le malheureux Gérard de Nerval termina ses angoisses, et le dernier objet qu’entrevirent ses yeux mourants fut ce corbeau qui lui était déjà apparu sur le pont du navire, quand il allait de Beyrouth à Saint-Jean-D'acre pour demander la rentrée en grâce du père de l’attaké Siti-Saléma. Peut-être, avant d’exécuter sa triste résolution, la maxime druse, avec son inflexible rigueur, lui était-elle revenue à l’esprit : La porte est fermée, l’affaire est finie, la plume est émoussée. "
Extrait du portrait de Gérard de Nerval par son ami Théophile Gautier

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jeudi 24 janvier 2019

Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais

 

24 janvier 1732 - Naissance de Beaumarchais


Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (1732-1799)
par Jean-Marc Nattier (1755), Londres
Brillant, dilettante, insolent, impécunieux et intrigant, Beaumarchais est, à l'image de son Figaro, « ambitieux par vanité, laborieux par nécessité, mais paresseux… avec délices ! orateur selon le danger ; poète par délassement ; musicien par occasion… » et ce qui reste de son œuvre, dramatique ou polémique, est essentiellement cette étonnante liberté d'esprit, qui ne vieillit pas, car elle est de tous les temps. Chacun retiendra les répliques devenues devises : "Vous vous êtes donné la peine de naître et rien de plus" ou "sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur" ou encore "il n'y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits".

Fils d'horloger, inventeur à vingt ans d'un échappement de montre dont il est obligé de disputer l'invention au célèbre Lepaute, Pierre-Augustin Caron connait une enfance heureuse dans l'aisance matérielle d'une famille où l'on lisait et écoutait de la musique. En novembre 1756, il se marie une première fois avec Madeleine-Catherine Aubertin, veuve Franquet de dix ans son ainée. Il se fait dès lors appeler «de Beaumarchais», nom d’une terre qui appartient à son épouse.

Après la mort de sa femme, il entre dans le domaine des spéculations commerciales et acquiert une grande fortune pour acheter une charge de secrétaire du roi qui lui confère la noblesse. Ensuite, il donne des leçons de harpe aux quatre filles du roi Louis XV. Il commence à écrire de petites parades pour des théâtres privés, et épouse, en 1768, Geneviève-Madeleine Wattebled, une veuve très riche, qui meurt deux ans après, à l'âge de trente-neuf ans, lui laissant une grande fortune en viager.

Il entre en littérature par la petite porte, fournit à Le Normant d'Étiolles, mari de la Pompadour, des Parades dans le genre poissard (1757-1763). Le théâtre l'intéresse cependant d'une manière plus sérieuse, et, suivant les idées développées par Diderot sur le drame bourgeois, il donne à la Comédie-Française Eugénie (1767), demi-échec suivi de la publication d'un ouvrage théorique, Essai sur le genre dramatique sérieux, et les Deux Amis (1770), échec total.

Sa vie devient après une succession de procès (l’affaire du juge Goëzman) et d'aventures, travaillant comme agent secret, qu'il s'agisse de mission secrète à Londres avec le Chevalier d'Éon en 1775, de l'aide aux Insurgents d'Amérique en 1776, ou de l'achat de fusils en Hollande pour l'armée républicaine, en 1792. Il prend la tête des auteurs dramatiques trop longtemps abusés par les Comédiens-Français, qui profitent de leur monopole pour ne pas rétribuer les auteurs comme il conviendrait. De ce conflit qu'il mène tambour battant, exigeant des comptes exacts, et peu avare en déclarations tonitruantes, naît la Société des auteurs dramatiques (1777-1780).

Ses premiers drames n'ont pas un grand retentissement, mais sa comédie "Le Barbier de Séville" (1774) qui est sévèrement censurée puis modifiée suscite un vif enthousiasme en 1775 (en 1785, Marie-Antoinette, en personne, jouera le rôle de Rosine). Sa suite "Le Mariage de Figaro", également soumise à la censure et jugée dangereuse est un triomphe à sa première (1784). En 1792, il crée le dernier volet de la trilogie de Figaro, "La Mère coupable", drame larmoyant et moralisateur contaminé par l'atmosphère révolutionnaire. En 1786, il épouse Marie-Thérèse Willer-Mawlaz.

En 1790 il se rallie à la Révolution française qui le nomme membre provisoire de la commune de Paris. Mais il quitte bientôt les affaires publiques pour se livrer à de nouvelles spéculations ; il se ruine néanmoins en voulant fournir des armes aux troupes de la République. Ensuite, Il devient suspect sous la Convention et doit s'exiler à Hambourg, après s'être fait prisonnier et ne revient en France qu'en 1796.

Il écrit ses "Mémoires", chef-d’œuvre de pamphlet, et meurt d’apoplexie pendant son sommeil, à Paris, à l'âge de 67 ans, dans la nuit du 17 au 18 mai 1799. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise.

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"Le Mariage de Figaro" sera adapté en 1786 en opéra bouffe (Le Nozze di Figaro) par Mozart, quant au "Barbier de Séville" (Il barbiere di Siviglia), il servira de livret pour Rossini en 1816.

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